Réconcilier les genres au Peace Center

On accède au Peace Center par un chemin semé de nids de poule, à quelques kilomètres seulement du centre de Siem Reap. Loin de l’agitation touristique qui rythme inlassablement la vie des habitants de la ville, le centre se dresse, discret, dans un cadre anonyme et rassurant.

Ouvert en avril 2012 par Banteay Srei, avec l’aide de l’ONG allemande GIZ[1], le Peace Center porte en son nom les missions qui lui sont dévolues : amener les femmes victimes de violences domestiques et leurs conjoints à la médiation, voire à la réconciliation. Des objectifs qui peuvent paraître a priori délicats, dans une société où la femme est toujours soumise à l’autorité de son mari, et les déboires conjugaux soigneusement dissimulés aux regards extérieurs. Grâce au travail de sensibilisation réalisé par Banteay Srei depuis 2004, hommes et femmes sortent aujourd’hui peu à peu de leur coquille. « On observe un changement d’état d’esprit chez les femmes que nous accompagnons, note Danang Tep, Program manager de Banteay Srei dans la province de Siem Reap. Avant, la violence domestique était un sujet tabou, qu’on n’abordait pas. Aujourd’hui, les femmes se rendent au Peace Center et parlent librement de leurs problèmes de couple, et même de leur vie sexuelle. Elles savent à qui s’adresser». Différents services adaptés sont ainsi proposés par le Peace Center aux victimes comme aux auteurs de violences domestiques. Outre un appui psychologique, le personnel du centre amène les couples sur la voie de la réconciliation ou, à défaut, oriente les victimes vers le divorce ou la médiation en les confiant aux avocats partenaires de son réseau[2]. « On essaie de pousser les femmes à demander le divorce, quand la situation conjugale devient trop tendue. Mais beaucoup de victimes sont réticentes à cette option, à cause du regard des autres, du poids de la société et de la faiblesse de leur situation économique personnelle », explique Danang Tep. Quant aux hommes, l’objectif premier est de les amener à briser le cercle de la violence. « En général, ce sont les femmes qui nous viennent les premières, mais les maris ne tardent pas à les rejoindre, remarque Tan Senara, Coordinatrice du centre depuis son ouverture. Envoyés par la police communale ou par les Gender Peace Network[3], les hommes qu’on reçoit peuvent rester dormir une nuit au centre et recevoir un accompagnement spécifique de notre personnel. On veut leur faire prendre conscience du caractère criminel des abus sexuels ou des violences qu’ils commettent envers leur femme ». Depuis son ouverture, l’équipe du Peace Center a reçu 57 personnes (36 femmes et jeunes filles, 21 hommes), et apporté une réponse à 38 cas de violences (deux viols, 36 cas de violences physique et psychologique)[4]. Mais le Peace Center va encore plus loin dans sa démarche, en s’attaquant aux racines profondes de la violence domestique. « Nous offrons la possibilité aux femmes qui le désirent de démarrer une activité génératrice de revenus, avance Danang Tep. Mener une activité à l’extérieur de la maison leur est bénéfique ; pauvreté et violences conjugales vont souvent de pair ».

Malgré son implantation avec succès dans la province de Siem Reap, le Peace Center fait aujourd’hui face à de nouveaux défis. « Les avocats de nos partenaires ne sont pas assez nombreux pour prendre en charge les cas que nous leur soumettons, regrette Tan Senara. Il faudrait que le centre ait à domicile ses propres spécialistes, et que l’on puisse fournir un hébergement temporaire aux femmes dans le besoin ». En attendant, Banteay Srei continue de sensibiliser les hommes comme les femmes aux Gender Based Violence[5], afin de prévenir en amont de nouvelles violences conjugales.


[1] http://www.giz.de/en/.

[2] Le Peace Center travaille avec trois ONGs spécialisées dans l’accompagnement juridique des femmes victimes de violences domestiques : Legal Aid of Cambodia, Cambodian Women Crisis Center et World Hope International.

[3] Les 13 villages autour de Siem Reap dans lesquels intervient Banteay Srei comptent chacun deux Gender Peace Network composés de villageois (un homme et une femme) sensibilisés à la question du genre par l’organisation, et qui interviennent pour pacifier les relations entre hommes et femmes, et donner plus de poids à la femme dans la vie de la communauté.

[4] Tandis que 9 couples se sont réconciliés au sein du Peace Center et 5 auprès de ses partenaires, 2 couples ont divorcé, et 9 cas sont encore instruits par la Cour.

[5] Campagnes, manifestations, workshops, formations, … tels sont les outils développés par Banteay Srei dans les villages pour sensibiliser les villageois(es) à la question des violences de genre. Ces actions passent principalement par le biais des Gender Peace Network.

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