Le lièvre et la tortue

Délaisser le sac banane et la casquette à l’effigie de Mao, préférer la flânerie à la cadence effrénée imposée par les circuits touristiques, rien de tel pour découvrir la capitale chinoise sous un jour plus authentique ! Mi lièvre, mi tortue, le voyageur saura tirer profit de cette schizophrénie pour se fondre dans l’intimité de la ville sans pour autant passer à côté de l’essentiel.

Imaginez, un vendredi ordinaire à Beijing. En plein centre-ville, les devantures en enfilade des grands magasins côtoient des tours si hautes qu’elles en accrocheraient presque l’épais nuage de pollution qui recouvre la ville. Les avenues, assez larges pour absorber une quantité impressionnante de piétons, bus et conducteurs de trois roues en tout genre, se découpent en une multitude de petites ruelles, où les habitants vivent au rythme ralenti de leur quotidien. Tandis que de jeunes branchés déambulent dans les artères commerçantes en baskets à la mode avec Ipad dernier cri, les « Hutong » offrent au voyageur averti un aperçu de ce à quoi devait ressembler la Chine d’autrefois.

Boîtes en osier contenant des raviolis, spécialité pékinoise  Une habitante du quartier pendant la pause dejeuner  Au petit dejeuner: bouillon de noodles!

A l’entrée, de petits commerçants vendent à même la rue brochettes de viande en tout genre et galettes de pain, faisant concurrence aux multiples petites cantines qui proposent soupes de nouilles et plats typiques pour quelques Yuans. Plus loin, un groupe d’hommes concentrés sont penchés sur une table où se dispute une partie serrée de dames chinoises. Dans des ruelles plus étroites encore, des femmes font leur toilette dans les points d’eau publics et sortent apprêtées pour la nuit, avant de se retirer chez elles. Des hommes rient aux éclats sur un sofa défoncé en sirotant une Tsing Tao (bière locale), dans une ambiance détendue. Même le ronronnement des mobylettes qui vont et viennent ne troublent pas la quiétude des lieux. Pour cause, la plupart des engins à deux roues fonctionnent aujourd’hui à l’électricité !

Beijing recèle tant de trésors qu’il est difficile d’en mesurer la teneur en seulement quelques jours. En bon lièvre, le voyageur s’empressera de fouler les pavés de la place Tien Anmen et de pénétrer dans l’antre de la Cité interdite, dont l’accès était autrefois refusé au commun des mortels. Il sera le premier à monter dans un bus pour arpenter 2h plus loin les quelques kilomètres de tronçon praticable de la majestueuse Muraille de Chine.

La muraille de Chine, un gigantesque dragon...  ... qui supporte sur son dos de nombreux visiteurs...  ... et d'imposantes tours de guet

Baptisée la « ligne Maginot chinoise » par les historiens, tant elle n’a jamais été un obstacle aux visées expansionnistes des royaumes voisins, elle n’en demeure pas moins d’une beauté renversante. Imaginez, 6700 km de murailles qui courent de collines en montagnes, épousant leurs courbes, du désert de Gobi à la passe de Shanhaiguan ! Pressé par le temps, le bon lièvre pensera optimiser son séjour dans la capitale en suivant mot à mot les recommandations de son guide de poche. Mais au-delà de la curiosité suscitée par ses premiers instants en Chine, un desir de flânerie authentique l’arrachera à ses envies frénétiques de visites. Plus de train pour le Yunnan, prochaine étape de son parcours ? Tant mieux ! Le lièvre aura tout le loisir d’endosser son costume de tortue pour arpenter la ville à sa guise. 

En bonne tortue, le voyageur terminera de digérer son décalage horaire au bord du lac du Palais d’été, loin de l’agitation bouillonnante du centre-ville. Et tant pis s’il ne voit ni Palais des vagues de Jade, ni Palais des nuages ordonnés, pourtant si chers à l’impératrice Cixi (XVIIIe siècle). La tortue ne se précipitera pas dans le métro. Elle préfèrera ses pieds solidement chaussés au confort d’un tuc-tuc, et la rencontre fortuite au détour d’un sentier. S’immiscer dans l’intimité de la ville en allant là où on ne l’attend pas.

Les reporters solidaires en plein boulot au Palais d'ete!  Fab et Gregoire, un ami de passage, entre deux troncons de bus  La magie des mers de lotus

Un dimanche ordinaire à Beijing. Dans un parc aux abords bien entretenus, on peut voir la tortue faire sa gymnastique en compagnie des habitués du quartier. Jeunes comme vieux s’activent sur des engins métallisés censés faire travailler bon nombre de leurs muscles. Un petit homme aux cheveux blanc effectue une ronde régulière en répétant des gestes de Tai Chi. Plus tard on verra la tortue se mêler à un groupe, et disputer une partie de foot local, avec un volant à plumes en guise de ballon. Seule la nuit tombante lui rappellera la dimension temporelle dont elle s’était affranchie pour profiter pleinement de ces instants. Elle saisira par hasard des bribes de danses traditionnelles au coin d’une rue, surprendra Michael Jackson réincarné en un jeune chinois d’une vingtaine d’années, se mêlera aux étudiants dans les eaux de la piscine olympique de Dongdan… Tant de choses auxquelles le lièvre, dans sa précipitation, n’aurait prêté ni oreille, ni attention.

Mi lièvre, mi tortue, le voyageur quitte Beijing pressé d’arriver à la prochaine étape, mais heureux d’avoir vu la ville autrement qu’elle ne lui apparaissait dans les premiers jours. Tandis que le lièvre rêve de montagnes et de rizières, la tortue entame sa 10ème heure de train pour Kunming. Pas un seul « touriste » à bord, des locaux couchés entre les banquettes ou serrés à quatre par rangée. En fond, des raclements de gorge qui se font écho, un bébé qui pleure, de la musique traditionnelle qui semble ne jamais se fatiguer. Bientôt les montagnes apparaîtront à l’horizon. Tout vient à point à qui sait attendre !

 

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  • Dwi Agus, Chargé de campagnes, KPA, Jakarta, Indonésie : "Depuis des années, je vois comment vivent les gens ici, et j'en suis triste. Mon engagement est plus qu'un job, c'est un moyen de protester".

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  • Iwan, Secrétaire général, KPA, Jakarta, Indonésie : "J'ai embrassé la cause paysanne dès la fin de mes études, car l'accès à la terre est au coeur de toutes les difficultés sociales que connait l'Indonésie aujourd'hui".

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  • Andri, Chargé de campagnes et de recherches, KPA, Jakarta, Indonésie : "Le gouvernement refuse d'agir au sujet de l'accès à la terre, bien que ce soit un problème fondamental. On essaye donc de créer un vrai changement social par nos actions".

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  • Roy, Secrétaire, KPA, Jakarta, Indonésie: "Depuis l'université, je suis engagée dans les mouvements étudiant et ouvrier. Aujourd'hui, je veux en apprendre davantage sur la cause paysanne, pour continuer à lutter contre les injustices".

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