Ramadan Mubarak Said !

Ce 9 juillet débute le mois de ramadan. L’Indonésie, plus grand pays musulman du monde[1], est le théâtre idéal pour assister au lancement de cet événement religieux mondial.

Il est 19 heures, et il pleut à verse sur Jakarta. Les gouttes sont tièdes, et elles tombent si fort que le niveau monte très vite sur l’asphalte. En moins d’une heure, on patauge dans 20 centimètres d’eau boueuse, charriant des gravillons et quelques emballages plastiques. Le trafic est infernal : bus, taxis, motos, piétons qui se faufilent entre les pare-chocs… On ne sait plus vraiment où donner de la tête dans ce fatras sonore et visuel. Le bus étant plein à craquer, on se rabat prudemment sur un taxi, qui mettra 40 bonnes minutes pour parcourir 5 kilomètres. Mais peu importe, ce soir nous poursuivons un but précis : c’est le début du ramadan, et les fidèles se réunissent à la mosquée Istiqlal pour la prière collective. C’est là que nous allons.

Après les ablutions de rigueur, nous pénétrons dans la salle de prière. Elle est immense, et se déploie sur cinq niveaux. Encore peu rempli, l’édifice laisse admirer son immensité et ses dimensions écrasantes. Nous nous perchons au deuxième étage, et suivons avec attention le mouvement coordonné des centaines de corps soigneusement alignés sur leur tapis de prière. Les femmes à gauche, les hommes à droite, tous sont en harmonie et prient à l’unisson. Petit à petit, la salle accueille les fidèles retardés par la pluie et l’enfer motorisé de la ville ; elle est à demie remplie aux environs de vingt heures, et abrite peut-être un millier de personnes. La ferveur religieuse domine, mais l’ambiance est détendue. Beaucoup de photographes arpentent les étages du bâtiment, et shootent à tout va sans que personne ne leur en tiennent rigueur ; les enfants s’amusent, certains hommes dorment, les femmes discutent. Chacun remplit avec sincérité son devoir religieux, tout en amorçant avec douceur ce mois de privation et de mise à l’épreuve. C’est l’Islam indonésien : sérieux et souple à la fois.

La partie de la mosquée réservée aux femmes est très animée entre les prières...  ...mais redevient très ordonnée lorsque celles-ci reprennent.  Quelques touches de couleur parsèment la marée blanche des vêtements de prière.

La mosquée Istiqlal de Jakarta, considérée comme la plus grande d'Asie du Sud-est, peut accueillir plus de 120 000 personnes.  Hommes et femmes prient ensemble, mais sont symboliquement séparés par une barrière.  La discipline et la synchronisation sont également de mise du côté des hommes.

La salle de prière laisse voir toutes sortes de scènes : l'absorption totale...  ...l'immobilité au coeur de déplacements incessants...  ...des prières familiales, suivies de père en fils...

...de petites somnolences...  ...l'initiation des plus jeunes aux pratiques de l'Islam...  ...et le sommeil imperturbable des touts petits!

Le mois de ramadan est le neuvième mois du calendrier musulman[2]. Au cours de ce mois, les croyants adultes ne doivent pas manger[3], ne pas boire, ne pas fumer et ne pas entretenir de relations sexuelles de l'aube au coucher du soleil. Les malades, les femmes enceintes ou qui allaitent, celles qui sont dans leur période menstruelle, les voyageurs, ainsi que tout ceux dont le jeûne pourrait mettre la santé en péril en sont exemptés. Durant 30 jours, les musulmans se lèvent aux aurores pour le sahur, le repas précédant l'aube, avant d'effectuer la prière de as-soubh. Le repas de l'iftar, qui clôture le jeûne journalier, est pris en collectivité après la quatrième prière de la journée, al-maghrib. Le jeûne est censé éloigner le croyant des activités quotidiennes, en nettoyant son âme et en la libérant du mal. Selon un hadith[4] bien connu, la personne qui observe ramadan correctement verra tous ses péchés pardonnés. La privation permet aussi aux musulmans de pratiquer l'autodiscipline, le sacrifice et l'empathie pour ceux qui sont moins fortunés. La période de jeûne s’achève avec la fête de l'Aïd el-Fitr, le 1er du mois de chawwal, après qu'une nouvelle lune ait été repérée. Pendant trois jours, d’importantes célébrations marquent la fin du mois de ramadan[5]. Mais avant de célébrer ce retour à la vie diurne, aux environs du 8 août, chacun va devoir se mettre à l’épreuve !


[1] Environ 90% des 245 millions d’Indonésiens sont musulmans, ce qui représente le plus gros ensemble démographique national de l’Islam.

[2] Le calendrier musulman est lunaire : chaque mois commence après la nouvelle lune, lorsque le premier fin croissant « hilal » est visible. Ce calendrier compte onze à douze jours de moins que le calendrier solaire ; ainsi, ramadan se décale chaque année de dix jours environ, et passe progressivement d'une saison à l'autre.

[3] On peut rompre le jeûne par inadvertance. Dans ce cas, le jeûne reste valable, à condition de ne pas persister dans cette rupture involontaire. On dit généralement que c'est Dieu qui a nourri l’étourdi.

[4] Les hadiths sont les propos rapportés du prophète, et sont contenus dans un recueil qui comprend l'ensemble des traditions relatives aux actes et aux paroles de Mahomet et de ses compagnons.

[5] Les croyants se rendent à la mosquée en début de matinée pour la première prière de l'Aïd. Des présents sont ensuite remis aux enfants, des festins sont organisés, et des visites sont rendues aux parents et amis; l’aumône (zakat al-fitr) est donnée aux pauvres.

 

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  • Dewi, vice Secrétaire générale, KPA, Jakarta, Indonésie: "En m'engageant avec KPA en 2007, j'ai compris que l'Indonésie est avant tout un pays agricole, même si nos dirigeants n'en tiennent pas compte".

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  • Dwi Agus, Chargé de campagnes, KPA, Jakarta, Indonésie : "Depuis des années, je vois comment vivent les gens ici, et j'en suis triste. Mon engagement est plus qu'un job, c'est un moyen de protester".

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  • Iwan, Secrétaire général, KPA, Jakarta, Indonésie : "J'ai embrassé la cause paysanne dès la fin de mes études, car l'accès à la terre est au coeur de toutes les difficultés sociales que connait l'Indonésie aujourd'hui".

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  • Andri, Chargé de campagnes et de recherches, KPA, Jakarta, Indonésie : "Le gouvernement refuse d'agir au sujet de l'accès à la terre, bien que ce soit un problème fondamental. On essaye donc de créer un vrai changement social par nos actions".

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  • Roy, Secrétaire, KPA, Jakarta, Indonésie: "Depuis l'université, je suis engagée dans les mouvements étudiant et ouvrier. Aujourd'hui, je veux en apprendre davantage sur la cause paysanne, pour continuer à lutter contre les injustices".

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