Java l'indolente

A quelques jours du retour en France, voici une rétrospective de nos vadrouilles autour de Java, entre temples bouddhistes et hindouistes, plantations de thé et cratères volcaniques. Malgré sa surpopulation, l'île nous a séduite par la diversité de ses paysages, son hospitalité et sa douceur de vivre.

D’abord, cette odeur entêtante de clou de girofle, qui s’installe au creux de vos narines ; ce crépitement singulier des kretek que les hommes fument à longueur de journée. La douce mélodie de l’Indonésien qui caresse vos oreilles, tandis que la radio diffuse une chanson de dangdut, sensuelle et rythmée. Java l’envoûtante, qui vous entoure de ses bras chaleureux pour mieux vous conquérir. Au premier coup d’œil, vous fondez. Il faut dire que le mercure grimpe sous les tropiques. Puis vous disparaissez, noyé dans la concentration urbaine. Concentration de bruits et d’odeurs. Dans la rue, c’est l’anarchie. Un concert de klaxons se mêle au chant du muezzin appelant les fidèles à la prière. Les trottoirs défoncés exposent à la vue de tous leurs plaies béantes et malodorantes. Un amas de déchets où vagabondent des rats gros comme des chats. Ici les rats sont rois. Ils sortent de partout, et vous surprennent à tous moment. Les bus publics charrient un flot de voyageurs qui jamais ne tarit. Un flux qui se régénère sans fin, comme une rengaine infernale. Des gamins, parfois âgés, sautent dans le premier minibus venu, guitare ou percussions à la main. Des chansons romantiques, de la pop indonésienne, et les voilà qui repartent, emportant leur butin. Les bus, les rues et les trains dégoulinent continuellement de passants et de passagers. Java la surpeuplée. Impossible de passer inaperçu dans cette marée humaine. Voyageur, vous êtes l’objet de toutes les curiosités. On vous gratifie en permanence d’un « Hello mister », que vous le soyez ou pas, et une ribambelle de rires vous accompagne jusqu’à ce que vous disparaissiez à l’angle d’une ruelle. Avec quelques rudiments de bahasa, vous engagez des brins de discussions, sous l’oeil amusé de votre interlocuteur. Touchante aux premiers abords, cette curiosité peut vous paraître mal placée, voire intrusive. Ici, l’intimité se monnaie au prix fort... 60% de la population indonésienne concentrés dans une des 13 000 îles que dénombre le pays. Un enfer pour certains, un quotidien pour d’autres.

Et pourtant, Java dévoile jour après jours ses atouts séducteurs. Sous la crasse, le bruit, la violence, la misère qui s’entasse dans des bidonvilles insalubres, collés à la voie ferrée, délaissés sur des terrains vagues ; sous la répulsion qu’elle inspire aux premiers coups d’œil, se cache une étonnante douceur de vivre, une harmonie sociale que peuvent lui envier nombre d’endroits qui ont perdu leur âme. Une île humaine et chaleureuse, qui vous livre son cœur pour que vous y puisiez ses trésors, sans a prioris et sans jugements. C’est d’abord un festival d’odeurs et de saveurs qui vous accueille à bras ouvert. Une multitude de stands clandestins à roulettes, de restaurants en dur ou éphémères, qui dégagent des fumets à faire frémir les papilles des moins gourmands. En une bouchée, vous voilà conquis: gorengan (beignets frits de toute sorte), pecel, sate, soto, sans compter les innombrables variantes du nasi goreng, l’incontournable spécialité culinaire du pays. C’est ensuite la nonchalance générale qui vous surprend, dans votre instinct d’Occidental habitué à maîtriser le temps. Un ange passe, et rigole de vous voir trépigner d’impatience, coincés dans un bouchon dont vous ne voyez pas le bout. Autour de vous, les passagers affichent un sourire satisfait. Imperturbables, indérangeables. Dans la rue, un stand de marchandises est abandonné par son propriétaire, le temps d’une escapade inconnue. Mais à Java, personne ne s’en indigne, ou ne profite de ce moment pour se remplir les poches incognito. Un parfum de confiance enivre et enveloppe les habitants, tissant entre chacun une toile de mailles invisibles. Dans les quartiers commerciaux, les mall ont pignon sur rue. Pris d’assaut par les citadins, ils sont un lieu de sociabilisation par excellence, où les appétits consuméristes se découvrent et s’épanchent, sans règles.On croit devenir fou dans ces allées bruyantes, où les gadgets made in China et les sandalettes en plastique innondent les rayons des magasins et des stands ambulants. Mais aussitôt sorti de leurs entrailles,  la culture traditionnelle reprend ses droits pour mieux vous enjôler. Marchés quotidiens aux effluves passées, murs graffés par des mains conscienscieuses, ballet coordonné des croyants allant et venant dans les mosquées qui fleurissent à tous les endroits, même les plus insolites.

Loin de l’agitation des villes, l’île étale aux yeux de tous les joyaux naturels et historiques qui font la fierté de son patrimoine. Java terre fertile. Une mer de verdure, regorgeant d’une flore riche et colorée. Des rizières en terasse, qui bordent les collines d’anneaux saillants et réguliers. Un millier de volcans, semés le long de la ceinture de feu du Pacifique tel un chapelet de reliefs capricieux. Des plantations de thé bien taillées, s’épanouissant dans la fraîcheur des hauteurs. Des cascades et des sources d’eau chaude, propices aux réconfort des jambes endolories. Aux côtés des perles naturelles de l’île, des vestiges bouddhiques et hindous révèlent un passé historique et religieux riche de plusieurs millénaires. Lorsqu’on atteint le point de vue le plus haut pour admirer le lever du soleil sur le mont Bromo, le plus populaire des volcans de l’île, on cerne peu à peu l’essence même de Java. Il faut prendre de la hauteur pour vraiment l'appécier, mais une fois le brouillard dissipé, le réveil matinal difficile oublié, et les deux heures de montée dans le noir digérée, alors Java vous apparait dans toute sa splendeur, humble mais caractérielle. La magie a opéré, et le voyageur repart conquis, plein de la certitude d'avoir livré une partie de son être aux caprices d'une inconnue... pour le meilleur et pour le pire.  

Temple de Borobudur, plus grand monument bouddhique au monde, bâti aux VIIIe et XIXe siècle.  Graffitis, dans la ville jeune et artistique de Yogyakarta, dans le centre de Java.  Famille au volant, dans le quartier de Kota, Jakarta.

Jeux d'enfants, Jakarta.  Coco et Clément, nos coéquipiers de woofing en Malaisie, près du port de Sunda Kelapa, à Jakarta.  De retour de la pêche, dans le quartier de Kota, à Jakarta.

Terrain vague, Jakarta.  Sources d'eau chaude à Ciater, dans la périphérie de Bandung.  Collecte de fraises en plein air, à Ciater.

La sortie d'école, à Ciater.  Plantations de thé, dans les environs de Ciater.  Le café du matin, et sa charmante préparatrice.

Sous la pluie, à Tangkuban Perahu, dans les environs de Bandung.  Le cratère de Tangkuban Perahu et son lac sulfurique.  Marché traditionnel, Bandung.

Sultan, fils de notre ami Juang, pose devant la caméra pour un concours de mode.  Panataran, temple hindouiste, vestige de l'Empire Majapahit qui règna sur Java entre le 12e et le 15e siècle.  Journée de ramadan, avec la famille de Juang.

Une dernière photo avant de rentrer à la maison pour rompre le jeûne...  Lever du soleil sur le mont Bromo, qui culmine à 2329 mètres d'altitude.  Il est 5h30, sur le perchoir que nous atteignons après deux heures de marche dans la nuit.

Pose matinale en compagnie de David, un trompettiste espagnol rencontré la veille dans le petit village de Cemoro Lawang.  Vapeurs fumantes, autour du cratère du Bromo.  Concert privé de trompette sur les hauteurs.

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  • Dewi, vice Secrétaire générale, KPA, Jakarta, Indonésie: "En m'engageant avec KPA en 2007, j'ai compris que l'Indonésie est avant tout un pays agricole, même si nos dirigeants n'en tiennent pas compte".

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  • Dwi Agus, Chargé de campagnes, KPA, Jakarta, Indonésie : "Depuis des années, je vois comment vivent les gens ici, et j'en suis triste. Mon engagement est plus qu'un job, c'est un moyen de protester".

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  • Iwan, Secrétaire général, KPA, Jakarta, Indonésie : "J'ai embrassé la cause paysanne dès la fin de mes études, car l'accès à la terre est au coeur de toutes les difficultés sociales que connait l'Indonésie aujourd'hui".

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  • Andri, Chargé de campagnes et de recherches, KPA, Jakarta, Indonésie : "Le gouvernement refuse d'agir au sujet de l'accès à la terre, bien que ce soit un problème fondamental. On essaye donc de créer un vrai changement social par nos actions".

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  • Roy, Secrétaire, KPA, Jakarta, Indonésie: "Depuis l'université, je suis engagée dans les mouvements étudiant et ouvrier. Aujourd'hui, je veux en apprendre davantage sur la cause paysanne, pour continuer à lutter contre les injustices".

    Roy, Secrétaire, KPA, Jakarta, Indonésie: "Depuis l'université, je suis engagée dans les mouvements étudiant et ouvrier. Aujourd'hui, je veux en apprendre davantage sur la cause paysanne, pour continuer à lutter contre les injustices".

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