The Lord's garden

Une vache, du soleil, une terre fertile et beaucoup de travail. Tels sont les quatre piliers de la ferme organique de Yaqhappu, paysan malaisien d’origine tamile installé près de Kuala Lumpur. C’est bio, c’est sain, et ça marche !

Rien ne se crée, rien ne se perd, tout se transforme

Il est 7 heures du matin dans le village de Batu Arang (nord-est de Kuala Lumpur), et un soleil rougeoyant commence à chauffer la jungle organisée de la ferme de Yaqhappu. La lumière souligne les contours généreux de fruits et légumes gorgés d’eau et de soleil. Ici, il fait 35 degrés le matin, et un orage éclate chaque après-midi ; la végétation est dense, luxuriante, et les plants légumiers poussent vite. Ocras, haricots, épinards, morning glory, piments, maïs, papayes et bananes se partagent le sol et les arbres. La récolte des légumes a lieu tous les deux jours; les fruits, perchés sur leurs troncs larges et juteux, nécessitent un peu plus de patience et d’exposition au soleil avant d’être cueillis. Les relents d’urine de vache nous assaillent les narines, et il faut regarder attentivement ses claquettes pour ne pas marcher dans la bouse fraîche. L’animal nous ignore superbement, et continue à mâchonner son herbe comme si de rien n’était. Plus qu’un symbole – la famille de Yaqhappu est d’origine indienne - cette vache est une nécessité. Elle se nourrit de mauvaises herbes et d’épluchures de fruits, ce qui permet de recycler les rebuts organiques; elle produit ensuite d’importantes quantités de bouse et d’urine, qui sont renvoyées à la terre. Yaqhappu mélange la bouse à des troncs de bananiers débités (ce qui permet par la même occasion de défricher, car les bananiers poussent à une vitesse impressionnante) et à de la farine végétale. Le tout macère en bidon plusieurs semaines, et produit un compost de bonne qualité. Quant à l’urine, il la recueille dans des seaux, la laisse macérer, la brasse avec de l’eau de pluie (également utilisée pour la douche et les toilettes) et du sucre brun, et la pulvérise sur les plants. Chaque nouvelle planche légumière a droit à ce traitement naturel. Une fois les fossés d’irrigations creusés, Yaqhappu les remplit avec les herbes qui occupaient le sol avant la création de la planche. En se décomposant, ces résidus végétaux offrent à la terre un nouvel apport de matière organique. Lorsque les herbes commencent de nouveau à envahir les plants de légumes, Yaqhappu ne se contente pas de les arracher : il les réunit en tas dans les fossés, afin que leur décomposition soit une nouvelle fois bénéfique au sol. La production de déchets de ses terres est donc quasi-nulle, et elles sont en plus vierges de tout pesticide. Il explique: « Je n’utilise pas de produits, mais il n’y a pas d’insectes dans mes plants car les oiseaux s’en chargent. L’écosystème est sain ! ».

Welcome to the Lord's garden !  Animal domestique de la maison, la vache est nourrie de déchets organiques, et donne d'importantes quantités d'excréments nécessaires à la production du compost.  Des champs d'ocras à perte de vue, encadrés par des bananiers; telle est la photographie du Lord's garden. 

Les ocras poussent très vite sous le climat chaud et humide de la Malaisie; chez Yaqhappu, on les récolte tous les deux jours !  Un après-midi sur deux, on collecte les ocras, et on se couvre bien parce que ça pique !  Certains ouvriers sont super efficaces, notamment la main d'oeuvre belge.

Après la récolte en fin d'après-midi, on empaquette les ocras, que Yaqhappu part vendre à Kuala Lumpur un matin sur deux.  Après que Yaqhappu ait défriché le terrain, on creuse les fossés pour délimiter les planches.  Thibault donne parfois la main à Yaqhappu pour défricher. Sur ce coup là, il a abattu un arbre de 20 mètres de haut à la machette avant de le débiter. Quel homme ! :)

Large vue des planches légumières (ocras, haricots et épinards), séparées les unes des autres par des fossés d'un mètre de largeur.  A gauche, les planches fraîchement préparées, où la terre retournée et aérée attend les graines; à droite, du terrain défriché, où de nouvelles planches seront creusées.  Dans les fossés, on dépose les résidus végétaux ratissés sur la terre avant la création de la planche. En se décomposant, ces résidus vont nourrir le sol. 

Les haricots sont plantés sur une planche, puis guidés vers le haut par des fils de fer.  Les plans de haricots s'intercalent entre les planches d'ocras.  Plusieurs papayers parsèment le terrain; il faut attendre que les fruits soient jaunes pour les récolter.

Séparés pendant le boulot, on se retrouve pour boire un peu d'eau ensemble et faire de jolies photos :) Ici, comme en Inde, les hommes creusent et les femmes, symbole de la fertilité, plantent...  Maria, volontaire venue de Suisse, rayonnante devant ses épis de maïs !  Yaqhappu s'arrête parfois quelques minutes pour répondre à nos questions, ou nous donner quelques consignes.

Les troncs de bananiers sont débités en petits morceaux pour servir à la préparation du compost.  Une fois mélangés (en couches superposées) à de la bouse et à de la farine végétale, les morceaux de bananiers fermentent, pour donner du compost.  Des dizaines de bidons de compost attendent la fin du processus de fermentation, avant que Yaqhappu n'en applique sur les planches.

Le fermage organique, une pratique minoritaire en Malaisie

De sensibilité marxiste, nationaliste tamil, fervent catholique et paysan autodidacte, Yaqhappu présente un profil atypique. Il y a dix ans, il a décidé de stopper ses activités de restaurateur à Kuala Lumpur pour se consacrer à la terre. Il s’est installé à Batu Arang, sur un terrain vierge envahi par la jungle où il a construit sa maison ; beaucoup de paysans malaisiens ont débuté ainsi. Après le système agricole double de l’époque anglaise, partagé entre les cultures vivrières des paysans malais, et les plantations d'hévéas sur lesquels travaillaient une main d’œuvre chinoise, le pays a entrepris une profonde rénovation de son agriculture. Des « fronts pionniers » ont notamment permis de conquérir de nouvelles terres à cultiver, pendant que le rapide développement des villes contribuait à implanter l’agriculture en zone périurbaine. Les fermiers d’aujourd’hui jouissent de cette localisation avantageuse, et écoulent plus facilement leur production, grâce aux marchés citadins. Mais le bio reste minoritaire. Yaqhappu nous explique : « Il y a des fermiers organiques en Malaisie, mais ils sont éparpillés un peu partout ; ici, dans la communauté indienne de Batu Arang, je suis le seul ». Selon lui, le fermage bio ne se développe pas car il n’a pas fait la preuve de sa rentabilité : « Les gens sont peu sensibilisés à l’importance des produits organiques ; et puis, ça coûte entre deux et trois fois plus cher que les produits classiques…». Yaqhappu vend ses légumes à un magasin bio de Kuala Lumpur ; pour ses ocras par exemple, il gagne environ 4 ringgits (1 euro) pour un sachet de 300 à 400 grammes. Il justifie son choix : « Les ocras, c’est vraiment le légume à produire ici : ça pousse très vite, et c’est consommé par les trois principales communautés du pays ! ». Chaque mois, il dégage environ 1000 euros de revenus, qui lui permettent de subvenir aux besoins de sa famille, de réaliser quelques petits investissements sur son terrain, et de préparer son retour en Inde. Mais le travail reste difficile, et pour assurer une production suffisante, il doit être dans les plants matin et soir, avec ou sans volontaires pour l’aider, sans journée de repos. Un jour sur deux, Yaqhappu récolte et empaquette avec sa femme, puis va livrer dans la capitale. Le rythme du Lord’s garden est en définitive toujours le même : il suit les exigences des marchés urbains, en respectant le cycle du soleil et les lois de la nature.

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  • Dewi, vice Secrétaire générale, KPA, Jakarta, Indonésie: "En m'engageant avec KPA en 2007, j'ai compris que l'Indonésie est avant tout un pays agricole, même si nos dirigeants n'en tiennent pas compte".

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  • Dwi Agus, Chargé de campagnes, KPA, Jakarta, Indonésie : "Depuis des années, je vois comment vivent les gens ici, et j'en suis triste. Mon engagement est plus qu'un job, c'est un moyen de protester".

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  • Iwan, Secrétaire général, KPA, Jakarta, Indonésie : "J'ai embrassé la cause paysanne dès la fin de mes études, car l'accès à la terre est au coeur de toutes les difficultés sociales que connait l'Indonésie aujourd'hui".

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  • Andri, Chargé de campagnes et de recherches, KPA, Jakarta, Indonésie : "Le gouvernement refuse d'agir au sujet de l'accès à la terre, bien que ce soit un problème fondamental. On essaye donc de créer un vrai changement social par nos actions".

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  • Roy, Secrétaire, KPA, Jakarta, Indonésie: "Depuis l'université, je suis engagée dans les mouvements étudiant et ouvrier. Aujourd'hui, je veux en apprendre davantage sur la cause paysanne, pour continuer à lutter contre les injustices".

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