L'eau claire de Dacope

Dans l'upazilla (sous-district) de Dacope, à une trentaine de kilomètres de Khulna, AOSED mène depuis janvier 2011 un projet triennal centré sur l’accès à l’eau potable. L’objectif : permettre à 7650 ménages d’accéder à une eau de qualité. Les outils : l’installation de filtres au bord des étangs, et la sensibilisation aux bonnes pratiques.

Le filtre à sable : un outil simple et efficace…à condition d’être entretenu !

Il est 10 heures ce lundi matin, lorsque nous arrivons dans le hameau de Lokikola. Cette petite localité fait partie de l'upazilla de Dacope, qui en compte 107; dans cette zone reculée, seuls 43% des gens ont accès à l'eau potable. Nous rencontrons d’abord deux villageoises ; cruches à la main, elles se rendent au point d’eau pour s’approvisionner. Selon Shamim Arfeen, directeur exécutif d’AOSED, « 25 à 30 litres sont nécessaires par ménage et par jour ; cela comprend l’eau de boisson et de cuisine ». Un petit sentier mène à la pompe ; nous nous y engageons, suivis par une vingtaine de personnes massées autour de nous. Le chemin débouche sur un petit étang, comme il en existe des centaines sur la route qui mène de Khulna à Dacope. L’eau est opaque, presque stagnante par endroit ; les villageoises déplorent que certains voisins viennent y prendre leur bain, ce qui n’arrange rien. Sur la berge, quelques seaux abandonnés laissent penser que certains puisent l’eau directement à la source, malgré sa mauvaise qualité.

Pour accéder aux villages, il faut parcourir 25 kilomètres en tuc-tuc, traverser une rivière, et finir en moto!  De nombreux étangs bordent la route jusqu'à Dacope.  Le Pond Sand Filter est installé au bord de l'étang, et traite l'eau directement lors du pompage.

A quelques mètres de nous se dresse un PSF (Pond Sand Filter, ou filtre à sable), installé ici il y a cinq ans par le DPH (Department of Public Health), antenne gouvernementale chargée des actions sanitaires en milieu rural. Facile d’utilisation, permettant de filtrer deux fois l’eau des étangs avant qu’elle ne soit collectée, ce type de matériel nécessite néanmoins un minimum de maintenance. Or, comme nous le confie Shamim, « les techniciens dépêchés dans les villages par le gouvernement sont en général disponibles durant les six premiers mois ; ensuite, c’est aux villageois de se débrouiller pour entretenir les PSF ». Le filtre de Lokikola a cessé de fonctionner après une année et demie d’utilisation. AOSED a fait le nécessaire pour le réparer, en concertation avec les habitants des villages environnants. 80% des fonds ont été versés par l’ONG de Khulna, et les 20% restants ont été collectés auprès de différents ménages. Dans le cadre du projet en cours, AOSED a formé quelques villageois à la maintenance de leur PSF ; tous les deux ou trois mois, ils nettoient l’intérieur du filtre, et s’assurent qu’il fonctionne bien. Les frais sont couverts par les villageois eux-mêmes, via des contributions de deux takas (deux centimes d’euros) par famille et par mois ; aux dires de Pankagzan et de Pulambihari, tous deux membres du comité local de maintenance, seuls cinquante ménages participent de façon régulière. L’argent récolté n’est donc pas suffisant pour gérer des incidents techniques majeurs. Le filet de sécurité est donc mince, quand on sait que 15 000 personnes et six villages dépendent directement de l’étang pour couvrir leurs besoins journaliers.

Cette villageoise pompe l'eau dont elle a besoin chaque matin.  Shamim (à droite) fournit des explications détaillées sur le fonctionnement du PSF.  Les femmes parcourent parfois 10 kilomètres pour venir à la pompe.

Pendant que Shamim et les villageois nous expliquent la situation, une femme pompe, sans relâche, l’eau dont elle a besoin pour la journée. Elle effectue plusieurs allers et retours entre les deux berges d’une rivière pour ramener le précieux liquide chez elle. Combien d’heures de pompage sont nécessaires, chaque matin, pour s’approvisionner ? Nous l’ignorons, mais cet effort quotidien semble contraignant. L’eau qui coule par deux petits robinets au bas du filtre est transparente ; on a du mal à s’imaginer qu’elle provient de cet étang aux reflets marron. Privilège du visiteur oblige, on nous invite à boire un verre. L’expérience s’avère concluante : cette eau est tout à fait consommable !

Rendre les populations maîtresses de leur accès à l’eau

Dans le cadre du projet en cours, mené avec l’appui d’une agence gouvernementale hollandaise, AOSED a fait des PSF l’une de ses priorités. Il s’agit  compte actuellement 390 filtres, mais la mauvaise maintenance en a rendu la majeure partie inutilisable. Une vingtaine ont d’ores et déjà été réparés par AOSED, et d’autres sont en construction. Dans le village de Pankali, un nouveau PSF devrait être mis en service d’ici quelques jours, trois semaines seulement après le lancement des travaux. D’ici à la mi-décembre, trois autres filtres pourraient être fonctionnels dans les environs de Dacope, selon les field organizers (responsables de terrain) d’AOSED.

Un grand verre d'eau fraîche!  Selon les habitants du village, les maladies liées à l'eau seraient en net recul depuis la réhabilitation du PSF.  L'eau issue des filtres est propre, mais demeure difficile à collecter.

Chargés de visiter les villages au quotidien, et de superviser la mise en œuvre des projets, ces hommes et femmes de terrain ont pour consigne de gérer les aléas techniques, autant que de renforcer les communautés. Shamim est intransigeant sur ce point : « ils doivent développer une relation de confiance avec les villageois, et les amener à participer activement à l’installation et à la gestion des outils d’accès à l’eau ». L’idée, c’est de rendre les gens collectivement propriétaires et responsables de leur filtre et de leur pompe. Pour cela, AOSED sensibilise les ménages à la nécessité d’utiliser une eau filtrée, et également à l’importance d’une maintenance efficace, afin de préserver ces outils d’assainissement. Il est aussi envisagé d’installer des schémas explicatifs sur les murs des PSF, afin d’en présenter simplement le fonctionnement. La responsabilisation financière complète cette démarche. Si la contribution versée par les familles est nécessaire pour réunir les sommes exigées (un PSF coûte environ 78 000 takas, soit 780 euros), elle permet d’autre part de matérialiser la notion de propriété collective. Les villageois sont plus précautionneux avec un filtre dans lequel ils ont investi.

La construction du PSF de Pankali a débuté le 16 novembre, et s'achèvera dans quelques jours.  Petite pause lait de coco. On salue au passage la performance du grimpeur!  L'intérieur d'un PSF comprend trois parties distinctes, dont deux destinées au filtrage de l'eau par le sable.

Deux acteurs majeurs se partagent donc l’installation et la gestion des filtres à sable : les ménages concernés et AOSED. Les autorités locales ne sont que peu impliquées dans ces actions, à l’image du Department of Public Health, qui ne fournit que 3000 takas sur les 78 000 requis pour la construction d’un PSF. En 2013, vingt nouveaux filtres devraient être installés par l’agence dans le district de Dacope, mais le staff d’AOSED préfère ne pas s’enthousiasmer trop vite. « Ils construisent parfois des filtres dans des zones où il n’y a pas d’étang, déplore Shamim, alors on préfère attendre de voir les résultats concrets ». « Certaines agences étrangères s’en mêlent aussi », reprend-il.  Il nous montre une imposante pompe à eau solaire, toute proche du PSF du village de Lokikola. « Elle a été construite par une agence allemande. Ils l’ont montée en trois jours puis ont disparu, sans payer les villageois qui avaient participé. Et ils n’avaient concerté personne avant ». Cette merveille technologique trône donc en pleine nature, et ne servira sans doute à personne, preuve désolante qu’aujourd’hui encore, des projets de développement sont mis en œuvre sans la moindre interaction avec les principaux intéressés. Afin d’éviter ces écueils, AOSED mène actuellement des enquêtes de terrain, destinées à améliorer sa connaissance des besoins réels des communautés locales. Il s’agit par exemple de mesures concernant la teneur en éléments infectieux dans les étangs, ou encore de sondages sur la gestion familiale des déchets et des eaux usagées. Plus de quatre cent familles du district de Dacope devraient ainsi être sondées d’ici à la fin 2012 ; ces données serviront autant au projet en cours qu’aux futures réalisations de l’ONG.

Pendant que nous échangeons, la pompe du PSF continue son mouvement régulier. Les cruches se remplissent, et les femmes se succèdent dans l’effort. S’alimenter en eau à Lokikola reste compliqué, mais les PSF d’AOSED permettent aux habitants de ne pas s’exposer aux dangers d’une eau souillée et impropre à la consommation.

Nos partenaires

ville-de-lyon    vaf    fedina    aosed    kpa

Logo-Region-en-couleurs-fichier-jpg-haute-definition      logo alter      logo resacoop 

Suivez-nous!

powered by contentmap

Ils/Elles s'engagent!

  • Dewi, vice Secrétaire générale, KPA, Jakarta, Indonésie: "En m'engageant avec KPA en 2007, j'ai compris que l'Indonésie est avant tout un pays agricole, même si nos dirigeants n'en tiennent pas compte".

    Dewi, vice Secrétaire générale, KPA, Jakarta, Indonésie: "En m'engageant avec KPA en 2007, j'ai compris que l'Indonésie est avant tout un pays agricole, même si nos dirigeants n'en tiennent pas compte".

  • Dwi Agus, Chargé de campagnes, KPA, Jakarta, Indonésie : "Depuis des années, je vois comment vivent les gens ici, et j'en suis triste. Mon engagement est plus qu'un job, c'est un moyen de protester".

    Dwi Agus, Chargé de campagnes, KPA, Jakarta, Indonésie : "Depuis des années, je vois comment vivent les gens ici, et j'en suis triste. Mon engagement est plus qu'un job, c'est un moyen de protester".

  • Iwan, Secrétaire général, KPA, Jakarta, Indonésie : "J'ai embrassé la cause paysanne dès la fin de mes études, car l'accès à la terre est au coeur de toutes les difficultés sociales que connait l'Indonésie aujourd'hui".

    Iwan, Secrétaire général, KPA, Jakarta, Indonésie : "J'ai embrassé la cause paysanne dès la fin de mes études, car l'accès à la terre est au coeur de toutes les difficultés sociales que connait l'Indonésie aujourd'hui".

  • Andri, Chargé de campagnes et de recherches, KPA, Jakarta, Indonésie : "Le gouvernement refuse d'agir au sujet de l'accès à la terre, bien que ce soit un problème fondamental. On essaye donc de créer un vrai changement social par nos actions".

    Andri, Chargé de campagnes et de recherches, KPA, Jakarta, Indonésie : "Le gouvernement refuse d'agir au sujet de l'accès à la terre, bien que ce soit un problème fondamental. On essaye donc de créer un vrai changement social par nos actions".

  • Roy, Secrétaire, KPA, Jakarta, Indonésie: "Depuis l'université, je suis engagée dans les mouvements étudiant et ouvrier. Aujourd'hui, je veux en apprendre davantage sur la cause paysanne, pour continuer à lutter contre les injustices".

    Roy, Secrétaire, KPA, Jakarta, Indonésie: "Depuis l'université, je suis engagée dans les mouvements étudiant et ouvrier. Aujourd'hui, je veux en apprendre davantage sur la cause paysanne, pour continuer à lutter contre les injustices".

Like us!

Nous contacter

IMG 1974 640x427 76x51

lesreporterssolidaires@gmail.com

Plus d'infos et de photos sur Facebook: Les reporters solidaires