AOSED et les universitaires main dans la main face à la crise de l'eau

Afin d’améliorer la pertinence de ses actions en faveur d’une meilleure gestion de l’eau au Bangladesh, AOSED développe de nombreux partenariats, notamment avec le monde de la recherche. Rencontre avec trois universitaires engagés.

Dilip Kumar Datta : « Un pied au laboratoire, l’autre sur le terrain! »

Le professeur Dilip Kumar Datta n’a rien d’un académicien classique. Lorsque l’on discute « background », il aime comparer son parcours à un mélange bengali ou l’on trouve moult aliments. D’abord étudiant en art, puis en physique-chimie, il a rejoint Khulna pour s’intéresser aux sciences économiques et sociales, car selon lui, tout cela est lie. « La physique et la chimie influencent grandement la vie des gens, surtout dans un pays comme le Bangladesh. Tout changement du milieu, par exemple dans la composition de l’eau ou des sols, bouleverse l’organisation familiale et sociale d’un territoire ». Il a donc décidé de sortir de son laboratoire, et de mettre ses connaissances au service des populations victimes de la crise de l’eau. Son approche ? Travailler en lien étroit avec la société civile. « Les ONG sont un relais nécessaire à la diffusion de la connaissance. Nos articles spécialisés sont trop techniques ; en partageant ces données avec des acteurs de terrain, on les rend utiles pour le plus grand nombre. Prenons l’exemple d’AOSED : ils connaissent très bien les problèmes environnementaux, les difficultés quotidiennes d’accès à l’eau dans les villages. Ils ont le concret, nous apportons la théorie ».

Selon lui, cette complémentarité appuie l’action des ONG, en renforçant leur pertinence. « Nous étayons les constats d’AOSED avec des études rigoureuses. Lorsqu’ils proposent de collecter l’eau de pluie pour approvisionner des villages, nous validons scientifiquement l’idée en conduisant une étude sur la composition de cette eau ». La collaboration est multiforme : production d’études communes, séminaires, workshops... Selon le professeur Dilip Kumar Datta, seul un travail collectif peut amener le changement. « L’opinion publique et les politiciens sont plus au courant des difficultés environnementales et sanitaires que par le passé, explique-t-il. Mais ce n’est pas suffisant, il reste trop de connaissances importantes qui ne sont pas partagées, et qui inciteraient pourtant les particuliers et les décideurs à en faire plus. Notre pays perd sa santé environnementale, il faut agir. Je pense que le monde scientifique dans son ensemble doit faire un effort d’ouverture vers le grand public ». La méthode est simple : un pied au laboratoire, l’autre sur le terrain !

Hamidul Huq : « Peser ensemble sur l’élaboration des lois »

La Bangladesh University of Engineering and Technology (BUET, Dhaka) est une institution importante en Asie du Sud-est. Accueillant plus de 1000 étudiants, elle est un acteur incontournable de l’innovation technique au Bangladesh. Le professeur Hamidul Huq y enseigne la sociologie aux futurs ingénieurs, dans le Department of Water Resources Engineering. En 2003, il a activement participé à la création d’un réseau comprenant des journalistes, des ONGs, des universitaires... « Afin de développer un [contre -] pouvoir de lobbying et de plaidoyer sur la thématique de l’eau ». Il explique ainsi sa démarche : « la BUET est une structure très technique et très académique. On a compris il y a une dizaine d’années que pour être pertinents dans nos travaux, on devait se pencher sur les problèmes socio-économiques ». Il poursuit : « la crise de l’eau dans notre pays est profonde. Il nous faut travailler avec tous les acteurs compétents pour trouver des solutions ».

En ce sens, les ONGs sont un partenaire privilégié de l’université de Dhaka. « Les ONGs basent leur travail de terrain et de plaidoyer sur les besoins réels des populations. Ces données sont fondamentales pour étayer notre approche scientifique. Il faut utiliser les leçons apprises dans les villages, et développer une vision sociotechnique de la crise de l’eau ». La BUET a choisi ses partenaires en fonction de critères précis : viabilité des projets, philosophie générale, capacité à pérenniser l’action de terrain...C’est ainsi que l’université a contacté AOSED, qui « travaille dans des zones reculées qu’ils sont les seuls à connaitre ». « Nos relations ne sont pas bilatérales, explique le professeur Hamidul Huq. Nous travaillons avant tout avec le forum, espace d’échanges et de dialogue. Nos travaux de recherches sont à la disposition de nos partenaires, et nous apprenons en retour de leurs actions de terrain ». Selon lui, une telle collaboration doit permettre d’influencer les décideurs politiques : « le forum est un groupe de pression émanant de la société civile. Ses réflexions doivent rendre l’action publique plus pertinente. A Khulna par exemple, nous soumettons les résultats de nos recherches empiriques - complétées par les observations des acteurs de terrain – à la Development Authority et à la City Corporation ». Reste ensuite aux autorités locales à agir dans le bon sens. 

Muhammed Alamgir : « Les académiciens ont leurs limites ! »

La Khulna University of Engineering and Technology (KUET) est la déclinaison locale de la BUET. Le professeur Muhammed Alamgir est son vice-chancelier. Il nous explique qu’ici, « certains cursus permettent aux étudiants de travailler sur des problèmes propres au sud-ouest du pays. Notre but est de proposer des formations qui répondent aux besoins des gens, notamment pour faire face à la crise de l’eau ». Suite à la signature du protocole de Kyoto en 1997, l’université a jugé pertinent d’introduire des enseignements liés au changement climatique à ses cours d’ingénierie civile. C’est là qu’intervient le monde des ONGs : « les académiciens ont leurs limites. La connaissance de terrain nous est nécessaire. Je me déplace parfois moi-même, mais nous avons besoin des compétences des ONGs en la matière ».

Depuis deux ans, la KUET travaille avec AOSED, dans une optique « d’échange des informations et des connaissances, du terrain vers les universités et inversement. Par exemple, AOSED nous fait part de difficultés rencontrées dans des zones ou sur des projets précis, et nous effectuons une enquête, une étude...pour les aider à proposer une réponse adaptée. A l’inverse, ils nous apportent leur expertise pour ancrer nos travaux dans la réalité ». Lorsqu’on lui demande son avis quant à l’évolution de la crise de l’eau et de la situation sanitaire, le professeur Muhammed Alamgir se montre optimiste : « le Bangladesh a les moyens de surmonter ces obstacles. Je vois par exemple que l’état d’esprit de nos étudiants change d’année en année. Ils sont plus concernes, plus au fait des difficultés socio-économiques du pays. Leur expertise doit servir les populations avant tout ». A cette fin, la collaboration entre ONGs et monde universitaire est un outil incontournable.

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