Une génération moins égoïste pour une société plus juste

Dans ses actions de sensibilisation et de plaidoyer, AOSED s’appuie sur un réseau dense, comprenant de nombreux acteurs (Cf. schéma ci-après). Les jeunes Bangladais engagés en sont partie prenante, via le Bangladesh Youth Forum on Water Justice.

Le forum a vu le jour en 2009, à l’initiative d’un groupe d’étudiants de Khulna. Interpellés par les difficultés d’accès à l’eau dans le sud-ouest du Bangladesh, ils ont décidé de se mobiliser. Encadrés par AOSED, ils ont créé le Bangladesh Youth Forum on Water Justice, qui se compose aujourd’hui de quinze membres. Leurs backgrounds sont variés : finance, sociologie, ingénierie...chacun apporte sa pierre à l’édifice, en fonction de ses compétences. « On a tous notre propre vision des choses et notre propre savoir-faire ; on met tout ça en commun », explique Kazi Tarief, qui fréquente le forum depuis ses débuts.

Le YF fait partie des organisations de base chargees de la sensibilisation de masse et de la collecte de donnees de terrain.

AOSED et ces jeunes militants partagent une même vision de la société. Selon Shamim Arfeen, directeur exécutif de l’ONG, il est fondamental de mobiliser la jeunesse bangladaise, avant qu’elle ne cède aux sirènes de la globalisation culturelle et du consumérisme planétaire. « Ces jeunes ont un niveau académique qui peut leur offrir plus tard une bonne situation. Le danger, c’est qu’ils deviennent individualistes, centrés sur leur carrière et leur salaire. Le pays a besoin de leurs compétences, et surtout les familles de notre région, dont le cadre de vie se dégrade vite. Via ce forum, les étudiants s’impliquent dans une activité à dimension sociale ». Faiaz Ahmad, la vingtaine, a beaucoup de choses à dire. Il confirme avec enthousiasme ce qu’a expliqué Shamim : « On veut être une génération moins égoïste, et construire une société plus juste et plus solidaire».

Quelques membres du Youth Forum nous ont rendu visite dans les locaux d'AOSED   Faiaz Ahmad est tres engage au sein du Forum. Il le concoit comme une plateforme permettant aux etudiants de reflechir a un modele de societe plus juste et plus equitable.  Kazi Tarief etudie la sociologie a l'universite de Khulna. Son engagement au sein du Forum est complementaire de ses etudes, et lui permet de mieux comprendre la societe bangladaise.

AOSED assure l’encadrement des étudiants, en les invitant à des séminaires et workshops, et en leur offrant un appui méthodologique. Lupa, responsable du volet technique des projets de l’ONG, est en charge des liens avec eux; elle assiste aux réunions mensuelles, et oriente les projets du groupe. Elle explique : « ils mènent diverses actions de sensibilisation. Ils font par exemple du porte à porte dans les villages, pour sonder les gens sur le gaspillage de l’eau ». Leurs principaux outils sont simples et accessibles à tous : tracts détaillant les mesures élémentaires d’hygiène, posters, vidéos... « On récupère des données sur le terrain ou sur le net, puis on les compile. On essaye de proposer des solutions simples et pratiques pour l’utilisation de l’eau, car beaucoup de gens ont très peu de connaissances en la matière », détaille Faiaz Ahmad. Les étudiants sensibilisent également au changement climatique et à ses impacts négatifs sur les écosystèmes du Bangladesh, particulièrement dans la plus grande mangrove du monde, les Sundarbans (sud-ouest du pays, près de Khulna). Le groupe est organisé ; une réunion mensuelle permet de faire le point sur les événements passés ou à venir, et de récolter les contributions individuelles. « On donne nos jours de congés au forum, explique Kazi Tarief, et on donne aussi 20 takas (2 euros) par mois pour nos frais de fonctionnement ».

Shamim Arfeen a des objectifs clairs pour le forum. « Je rêve d’un réseau national de jeunes engagés sur les changements climatiques et sociétaux, dans une perspective globale». En attendant, il existe déjà quelques motifs de satisfaction : « je pense que par nos réseaux respectifs, on touche environ 10 000 personnes, avance Kazi Tarief. Et puis on voit quelques résultats concrets dans les villages ; les gens utilisent par exemple les toilettes de manière plus hygiénique ». Lorsqu’on les interroge sur le futur, les deux copains n’hésitent pas une seconde : ils seront utiles à la communauté, et continueront leur travail de sensibilisation, car « l’eau n’est pas un produit commercial. L’accès quotidien à une eau de qualité est un droit universel ».