Mais que font les élus?

En marge des actions d’AOSED, les élus locaux et nationaux sont également en charge de l’amélioration de l’accès à l’eau et de l’assainissement dans le sud-ouest du Bangladesh. Comment gèrent-ils la situation dans l’upazila de Dacope?

Explication préalable : Il existe plusieurs niveaux administratifs au Bangladesh. Les unions sont les plus petites unités territoriale, puis viennent les upazilas, les districts, et enfin les divisions (sept en tout). Le projet en cours d’AOSED se déroule dans l’upazila de Dacope, qui compte 9 unions, dont celle de Dacope (qui abrite la localité de Dacope !). Les unions sont administrées par un conseil comprenant 13 élus : 9 hommes, 3 femmes, et un chairman. Le niveau administratif suivant, l’upazila, est administré sensiblement de la même manière. Le conseil se compose d’un chairman et de deux vice-chairmans élus, et d’un représentant par union (9 à Dacope). C’est au sein de cet upazila et de ses unions que nous avons rencontré nos interlocuteurs de terrain.

Quels besoins réels dans les villages?

Le 8 décembre dernier, AOSED a organisé un workshop avec les membres du conseil de l’union de Dacope. Selon ces élus, « la question de l’eau potable est prioritaire dans le quotidien des villageois. Notre union dépend uniquement de l’eau de surface, qui est très salée et parfois contaminée (engrais, déchets…)». (Pour en savoir plus sur la qualité de l’eau, voir l’article « Quand l’or bleu devient poison»). Sheikh Abul Hoshin, chairman de l’upazila de Dacope, partage bien évidemment ce constat. Selon lui, le droit à l’information est également déterminant : « les gens ont besoin de savoir, de développer leurs connaissances des bonnes pratiques liées à  l’eau et à l’hygiène ». 

L'eau de surface à Dacope se résume en grande partie aux étangs, publics ou privés.  L'eau des étangs privés est excessivement salée, et souillée par le lavage des vêtements, la toilette, les intrants agricoles...  Toutes les familles ne possèdent pas leur propre étang, mais ceux qui en ont un à disposition en font le plus souvent profiter les autres.

Les représentants nationaux, issus du terrain, n’ignorent pas la crise de l’eau qui frappe le sud-ouest du pays. Nonoi Gopal Mondal est député depuis 2008. Il a été durant 36 ans secrétaire général de l’union de Koylishganj (upazila de Dacope), et connaît bien les besoins des populations locales. « Le principal problème, c’est l’accès à l’eau potable. Ici, les femmes sont chargées de l’approvisionnement, et marchent trois à quatre kilomètres chaque matin pour collecter de l’eau pour la journée». Il ajoute : « la qualité est également préoccupante. Seules l’eau de pluie et celle des étangs sont accessibles, et elles ne sont pas propres à la consommation ».

Les principaux intéressés confirment cette liste de besoins. Shila Mondal vit à Saheberabad, un petit village de l’upazila de Dacope ; elle explique que l’accès à l’eau potable est un problème quotidien. Le 19 décembre dernier, elle a participé, avec environ 600 autres habitants des villages alentours, à une manifestation organisée par AOSED afin de protester contre cette situation inacceptable (Voir l’album photos sur notre page Facebook).

Les membres du conseil d'union de Dacope se réunissent régulièrement avec des partenaires extérieurs pour traiter de sujets précis, à l'image d'AOSED pour la question de l'accès à l'eau.  Le chairman de l'upazila de Dacope est un ancien éleveur de crevettes qui a fait fortune. Il a décidé d'investir son temps et son argent auprès des villageois.  Shamim Arfeen et le député Nonoi Gopal Mondal, lors d'un séminaire à Dacope.

Quelles réponses concrètes apportent les élus?

Dans les unions, les représentants développent avant tout un travail de lien et de proximité avec les habitants. Au quotidien, ils sensibilisent aux bonnes pratiques (en termes d’hygiène notamment), en rencontrant régulièrement les familles des différents villages. Ils supervisent également les équipements et leur état de marche, à l’image des Pond Sand Filters (PSF).

Sheikh Abul Hoshin est toujours disponible au téléphone, à son bureau ou chez lui. Il estime devoir « faire face aux problèmes quotidiens des gens, en tant que représentant choisi par eux ». Il évoque quelques mesures concrètes qu’il a prises avec les élus : « en conseil d’upazila, nous choisissons une zone jugée prioritaire. Nous visitons le terrain, rencontrons les villageois, et mettons en place des actions appropriées. Ce sont généralement des réhabilitations d’étangs, ou la construction de nouveaux PSF ».

Les étangs sont multi-usages: on y pêche...  ...on s'y lave...  ...et on y fait la vaisselle.

Moins proche du terrain, le député Nonoi Gopal Mondal passe la majeure partie de son temps à Dacca. Il dit agir à son niveau pour les citoyens de l’upazila de Dacope : «Je suis membre de la commission parlementaire chargée de la question de l’eau (Water ressource and management group), qui compte 13 députés». Il précise avoir fait réhabiliter, sur son initiative personnelle, 4 étangs en 2012, et 25 depuis le début de son mandat. Il affirme que dans sa circonscription, « la population ayant un accès direct à l’eau a augmenté de 25% depuis 2008 » (son hésitation sur les chiffres incite à la prudence).

Les élus agissent, en fonction de leurs moyens. Mais de nombreux villages ne sont pas - ou trop peu - équipés en puits ou en PSF. Nomita Mondal le déplore ; dans son village de Shingjoma, il n’y a que deux solutions pour accéder à l’eau. « J’ai mon propre étang, explique-t-elle, mais la plupart de mes voisins doivent aller chercher l’eau chez le chairman [Sheikh Abul Hoshin]. On manque de points d’eau, et l’été, avec la chaleur, ceux qu’on utilise d’habitude s’assèchent ».

  Voilà à quoi ressemblent habituellement les toilettes dans les villages, appelant de nécessaires actions d'assainissement.   Des latrines plus appropriées commencent à apparaître à Dacope, sous l'effet  conjugué de la sensibilisation aux bonnes pratiques, du soutien d'AOSED, et des mesures prises par les autorités locales.

Quelle évaluation peut-on faire de leurs actions?

Dans l’union de Dacope, le constat est amer. Les élus confessent : « à peu près personne n’a accès à une eau saine et réellement potable. Les gens la filtrent, ou la font bouillir, mais elle n’est pas buvable en l’état ». Beaucoup de ménages utilisent des étangs privés, puisque les étangs publics, dont la salinité est trop importante, ne sont pas réhabilités. « Il faudrait 100 000 takas pour réhabiliter les étangs existants dans l’union ; pour en créer de nouveaux, il faudrait des terrains disponibles. Nous n’avons rien de tout ça ». De l’avis même des élus, les actions de l’union sont plutôt limitées. Et pour cause : le budget annuel pour les activités liées à l’eau (alloué par le gouvernement) est de 5000 takas, soit 50 euros… Il n’existe que 30 PSF dans l’union de Dacope, dont 14 seulement fonctionnent correctement. (Cf. article « L’eau claire de Dacope » pour les explications concernant les PSF).

Selon le chairman de l’upazila de Dacope, peu importent les actions entreprises à son niveau : les causes de cette situation délicate sont exogènes. « Le Bangladesh encaisse le changement climatique de plein fouet, sans y contribuer beaucoup. Quand je vois la rapidité des dégradations environnementales ces dix dernières années, je me dis que quoi que l’on fasse, ça va devenir difficile de vivre dans cette région ». Il ajoute : « la géopolitique ne nous aide pas non plus. 52 cours d’eau arrivent au Bangladesh via l’Inde, qui prélève d’importantes quantités en amont [Cf. barrage de Farakka]. Nous ne sommes pas les seuls à pouvoir régler la crise de l’eau ici, c’est un problème international ». 

Avec l'aide d'AOSED, les villageois s'organisent pour améliorer l'assainissement: ici, une réunion d'un Wash Committee, dans l'upazila de Dacope.  Les membres du Wash Committee nous ont expliqué comment ils procédaient à l'assainissement de leur village. Ils se sentent mieux informés quant aux mesures d'hygiène depuis que ce groupe a été créé, en 2011.  En marge des initiatives villageoises soutenues par AOSED, les gouvernements locaux gèrent la réhabilitation des étangs, et l'installation ou la réparation de PSF de ce type.

Député de la majorité, Nonoi Gopal Mondal pense que le gouvernement actuel offre des réponses appropriées à la crise de l’eau. Prudence politicienne ? Sans doute. Néanmoins, Shamim Arfeen ne dit pas le contraire, et tous deux estiment que « depuis 2008, beaucoup de mesures ont été prises : création d’une commission parlementaire, élaboration du Water act »…Selon eux, « les choses vont dans le bon sens » (pour en savoir plus sur le Water act, voir l’article « Jusqu’à la dernière goutte »).

Sur le terrain, les réponses diffèrent. Si certains villageois se disent satisfaits des mesures prises en leur faveur, d’autres se sentent délaissés, et attendent plus de leurs représentants. « Ils n’en font pas assez c’est clair, s’insurge Khitir Chondro.  A Saheberabad, mon village, il n’y a qu’un étang. L’eau est souillée, et il n’y a ni filtre, ni puits». Nomita Mondal pense quant à elle que la seule façon de pousser les décideurs à agir est de « se rassembler en nombre pour protester, et demander des mesures concrètes ajustées aux besoins des gens ».

Khitir estime que les élus ne soutiennent pas assez les villageois face à la crise de l'eau.  Nomita croit en la force des mobilisations citoyennes.

A son image, les populations de l’upazila de Dacope sont prisonnières de facteurs externes sur lesquels elles n’ont que peu d’emprise. Si les autorités locales, et dans une moindre mesure nationales, ne sont pas inactives, elles devront débloquer des budgets plus importants, et entreprendre des actions de plus grande envergure, pour offrir à ces ménages ruraux un accès durable à une eau de qualité.

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