Aider les aînés à vieillir dignement

Parmi les nombreux groupes de population avec lesquels travaille FEDINA, les senior citizens occupent une place importante en ces mois de septembre et d’octobre 2012. Prives de ressources, ils manifestaient ce vendredi matin dans le quartier de Koramangala.

"Aujourd’hui, je ne peux plus travailler. Je ne mange plus qu’une fois par jour"

Il est 10h30 lorsque nous arrivons au point de rendez-vous de la manifestation, près d’un axe majeur du quartier de Koramangala. Au bord de la route, une vingtaine de personnes âgées attendent patiemment.

A notre arrivée, Kupama, Amartama, Vasanta et les autres se bousculent autour de nous, pendant que Papamma, leader des anciens du quartier, se faufile entre ses pairs pour se présenter rapidement. Il est presque 11h, et la police arrive sur les lieux. C’est d’abord un 4x4, puis deux motos, qui stationnent quelques mètres en aval du regroupement ; Roshni, du staff de FEDINA, nous recommande de jouer les touristes et de ranger les carnets. Ce matin, les agents ont l’air de bonne humeur, plutôt passifs et bienveillants, mais ce n’est pas tous les jours le cas… D’autres manifestants rejoignent les lieux, et le groupe s’étoffe ; ils sont maintenant une cinquantaine, se distribuant les quelques pancartes rédigées en Kannada, la langue officielle du Karnataka. Au bord de la route, Roshni distribue des tracts, et nombreux sont les conducteurs de tuc-tuc qui s’arrêtent, échangent quelques mots avec elle, prennent leur morceau de papier et repartent ; la sensibilisation semble fonctionner.

Les membres de FEDINA se mobilisent aux cotes des seniors

 Assise dans un coin, nous retrouvons Violet, une des seules anglophones du groupe. Depuis 10 ans, elle se mobilise quand elle le peut pour faire valoir son droit à vieillir dans de bonnes conditions. Elle nous l’explique sans détour : « je ne peux pas nourrir ma famille. Je ne peux pas acheter de thé, ou avoir un petit-déjeuner le matin ». Chaque jour semble très difficile pour elle ; manger, se laver, acheter quelques vêtements, tout est conditionné à une pension qu’elle ne touche plus. Elle ne peut pas compter non plus sur l’aide de ses enfants, car comme elle le confesse, « le mari de ma fille boit, il joue tout le temps. Il ne fait rien, et personne d’autre ne peut m’aider. Avant, je travaillais, mais j’utilisais mon argent pour élever mes enfants. Aujourd’hui, je ne peux plus travailler. Je ne mange plus qu’une fois par jour ». Lorsqu’on lui demande son avis sur le montant des pensions, elle est catégorique ; 2000 roupies (la somme demandée par les seniors) ne seraient même pas suffisants, il en faudrait au moins 3000 (soit 43 euros) pour qu’elle puisse subvenir à ses besoins. Quand on évoque les raisons de son engagement, la réponse est nette et précise : « je n’allais pas rester chez moi à ne rien faire ! ».

Les anciens ont besoin de partager leurs difficultes quotidiennes  Repos et rassemblement avant la mobilisation  Parmi les manifestants, une grande majorite de femmes

La discussion s’arrête là ; les manifestants se lèvent, s’emparent de leurs pancartes et banderoles, et s’alignent en rang de deux ou trois. Le cortège s’ébranle doucement, laissant à l’écart une vieille dame aux genoux douloureux. La police suit le mouvement, sans grande conviction. Nous restons quelques mètres en retrait de ces courageux aînés, qui ne demandent rien d’autre que de vieillir plus dignement. 

Malgre leur age avance, les seniors defilent dans la rue pour faire valoir leurs droits  La gravite se lit dans les regards que nous croisons  Quelques sourires porteurs d'espoir

Travailler pour vieillir dans l’indifférence

Bien qu’elles aient été actives toute leur vie, et parfois dès leur plus jeune âge, dans le secteur informel le plus souvent, les personnes âgées vivent aujourd’hui en Inde dans des conditions très difficiles. Dans le Karnataka, elles sont environ 5 millions à avoir travaillé plus de 40 ans, sans pour autant pouvoir profiter du repos qu’elles méritent. L’association AIKYATA défend les droits des travailleurs retraités du secteur informel depuis 1987 ; elle est présente dans 40 slums à Bangalore et dans 35 autres à Bijapur, et regroupe environ 5000 membres.

La structure milite notamment pour une augmentation des pensions de retraites, fixées actuellement à 400 roupies (environ 6 euros) par mois dans le Karnataka. C’est bien évidemment insuffisant pour survivre, à fortiori lorsque le bénéficiaire de la pension doit nourrir tout ou partie d’une famille. On peut manger en Inde pour 50 roupies par jour, à condition de se satisfaire d’un repas. Faites le calcul…Mais là n’est pas tout le problème. Depuis environ huit mois, les pensions ne sont plus versées dans la région de Bangalore, les autorités locales prétextant de nombreux abus dans les demandes, au demeurant très compliquées à réaliser. Autant de raisons qui poussent les anciens et les militants à la mobilisation.

FEDINA et AIKYATA soutiennent les aînés de Bangalore

Le 1er octobre est chaque année mondialement marqué, du moins en théorie, par la fête des aînés (World elders day). Pour AIKYATA et FEDINA qui la soutient, c’est l’occasion de mettre le sujet au cœur des débats. Quelques blocages de circulation ont eu lieu fin septembre, mobilisant plusieurs centaines de personnes. Une protestation à durée indéterminée doit également débuter lundi 1er octobre à Bangalore, ainsi que dans 17 autres districts de l’état du Karnataka. Cette mobilisation fait suite à quatre années de contestation de la part des personnes âgées, qui ont dû affronter de nombreux obstacles. Face à la mauvaise volonté des autorités locales et nationales, ils n’ont d’autre choix que de continuer à protester contre l’indifférence dont ils sont victimes.

  Grace aux differentes mobilisations, des centaines de personnes sont descendues dans la rue  Cette manifestation etait un prelude aux rassemblements du mois d'octobreDelaisses par les autorites, les seniors restent dignes

Un courrier a récemment été adressé au Chief minister de l’état du Karnataka, présentant les revendications majeures d’AIKYATA et de FEDINA : la restauration immédiate des pensions, leur augmentation au seuil de 2000 roupies mensuelles, le droit à la pension dès 60 ans, et la création d’un département d’état consacré à la protection des personnes âgées. Moins concret mais fondamental à une évolution durable de la situation, le cinquième point insiste sur le nécessaire changement d’état d’esprit des décideurs politiques, afin de faire des pensions de retraite non plus une prestation de charité, mais un droit inaliénable.

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  • Dwi Agus, Chargé de campagnes, KPA, Jakarta, Indonésie : "Depuis des années, je vois comment vivent les gens ici, et j'en suis triste. Mon engagement est plus qu'un job, c'est un moyen de protester".

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  • Iwan, Secrétaire général, KPA, Jakarta, Indonésie : "J'ai embrassé la cause paysanne dès la fin de mes études, car l'accès à la terre est au coeur de toutes les difficultés sociales que connait l'Indonésie aujourd'hui".

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  • Andri, Chargé de campagnes et de recherches, KPA, Jakarta, Indonésie : "Le gouvernement refuse d'agir au sujet de l'accès à la terre, bien que ce soit un problème fondamental. On essaye donc de créer un vrai changement social par nos actions".

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  • Roy, Secrétaire, KPA, Jakarta, Indonésie: "Depuis l'université, je suis engagée dans les mouvements étudiant et ouvrier. Aujourd'hui, je veux en apprendre davantage sur la cause paysanne, pour continuer à lutter contre les injustices".

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