A la rencontre des travailleurs agricoles de Nanjungud

Les petites localités proches de Nanjungud abritent des groupes de travailleurs agricoles aux problématiques similaires. Dalits ou tribaux, les villageois ont du mal à travailler régulièrement, soumis aux aléas climatiques et au bon vouloir des autorités locales. Teresa, state coordinator de Fedina pour le Karnataka, sillonne les villages pour les informer de leurs droits.

 120 familles dalits vivent dans le premier village que nous visitons. Ce sont essentiellement des travailleurs agricoles.   Teresa anime la reunion de ce groupe encore peu structure. L'idee est d'aider les villageois a prendre conscience de leurs droits en tant que travailleurs, avant d'evoquer les discriminations subies en tant que Dalits. 

Beaucoup d'hommes sont presents a cette reunion, normalement mensuelle. Certains d'entre eux sont venus protester contre la demande des femmes de recevoir un salaire egal pour un travail egal. La communaute dalit est parfois divise en son sein, surtout sur les questions de genre.  Ce syndicat de travailleurs agricoles dalits existe depuis 4 ans. Il a obtenu une hausse des salaires, qui sont passes de 20 a 250 roupies (4 euros) par jour pour environ 8 heures de travail dans les champs. Les femmes, elles, ne gagnent que 100 roupies par jour.   Bien que les salaires aient augmente et que les abus des employeurs se rarefient, d'autres problemes persistent. Les membres du syndicat n'ont pas assez de travail, malgre l'existence d'un programme national pour l'emploi en zone rurale (NREGA), cense offrir a chaque famille au moins 100 jours de travail par an pour des realisations d'utilite publique (ponts, routes, ...).

Lorsque le gouvernement local ne propose pas d'emploi dans le cadre du NREGA, que la pluie manque et qu'il n'y a rien a faire dans les champs, les hommes partent chercher du travail a Nanjungud ou a Mysore.  Meme si ce syndicat reste fragile et peu structure, il represente une avancee considerable: avant sa creation, Teresa devait aller de maison en maison pour discuter avec les travailleurs.  A quelques kilometres de la, un petit village accueille des populations tribales chassees de la foret il y a plus de 60 ans. Implantees ici, les familles se contentent des travaux agricoles pour subvenir a leurs besoins, mais les missions sont tres irregulieres.

Le syndicat local compte 65 membres. Preoccupes par la hausse du salaire quotidien (qui s'eleve a 80 roupies pour les femmes et a 120 pour les hommes), ces travailleurs agricoles souffrent aussi du manque de travail. Ils ne sont employes que 10 jours par mois.  Face au manque d'activite, 75% des habitants du village sont partis vers le Kerala voisin, pour tenter leur chance dans de grandes plantations de cafe.  Ceux qui ont choisi de rester n'ont plus acces a la foret. Les autorites locales les ont accuse de piller les ressources forestieres pour les maintenir a l'ecart.

Les maisons des villageois ont ete construites gratuitement par le gouvernement du Karnataka. C'est un point positif pour eux, car meme si le travail et les ressources manquent, ils sont loges correctement.  La reunion s'est achevee rapidement, pour permettre a la vingtaine de villageois presents d'emmener les betes aux champs. Bien que membres du syndicat, ils ont peu conscience de leurs droits en tant que travailleurs et en tant que tribaux. Il existe une loi nationale (Tribal and Land Rights Act), au sujet de laquelle Teresa essaie de les informer, qui leur assure un acces minimum a la foret, mais qui n'est pas appliquee.  Face aux grosses compagnies qui exploitent les importantes ressources e bois de la region, le syndicat des villageois tribaux doit se renforcer pour mieux defendre les interets de ces familles.