7 femmes, 7 histoires de vie

En arrivant à Kanyakummari, on était loin de s’imaginer participer à une telle réunion. En retard et sous la pluie, nous sommes accueillis en chanson par une dizaine de femmes, venues en bus des villages alentours. Nous nous asseyons face à elles, et chacune parle de sa vie, de ses souffrances. Un moment plein de sincérité et d’émotion.

Un comité d'accueil plus que chaleureux ! A peine avons-nous rejoint les leaders locales et le staff local de l’association que nous sommes parés d’une couronne de fleurs, bénis par une bougie et marqué d’un point rouge sur le front. Nous sommes invités à nous asseoir face à elles, pendant qu’elles entonnent en chœur un chant tamoul.    Même la décoration de la table a été soignée pour notre accueil.  Nous terminons la journée en compagnie de Selvi et Sarojam ainsi que de leur équipe d’animatrices locales.

Elsy et Sarojam, religieuses, ont créé le groupe Nava Jyothi au début des années 1990. Intégralement consacré aux femmes, il comprend un syndicat pour les travailleuses en milieu rural, et deux forums d'échanges et de dialogue. L'un porte sur la thématique des dalits, et l'autre, plus large, sur les droits des femmes. C'est dans les locaux de Nava Jyothi, et sous la conduite des soeurs, que notre rencontre s'est déroulée.
 

 

EpsyIssue de la communauté dalit, Epsy a été élue en 2001 pour siéger dans une des Panchayat (assemblée locale) du Tamil Nadu. Trois sièges sont en effet réservés aux dalits qui souffrent de discrimination de la part des autres castes. Pendant les 5 ans de son mandat, elle s’est particulièrement battu « pour que les femmes, explique-t-elle, ne subissent pas ce que j’ai subi ». Agissant sur le terrain pour réduire les violences domestiques et les discriminations de castes, elle a également agi aux côtés des castes supérieures pour obtenir du gouvernement, entre autres, la maintenance des infrastructures locales. Aujourd’hui respectée dans son village, elle a permis à sa communauté d’origine d’aller de l’avant et de faire valoir ses droits.

 

Annai-BaiPrésidente de la Working women trade union, le syndicat de défense des droits des travailleuses du groupe Nava Jyothi, Anna Bai a sacrifié ses ambitions de jeune femme pour pacifier ses relations avec sa belle-famille. Infirmière dans un hôpital privé, elle s'est mariée à un homme sans éducation, car sa famille ne pouvait supporter le poids économique d’une dot trop élevée. Les ennuis ont commencé deux ans après son arrivée sous le toit de sa belle-famille. Son mari, sa belle-sœur et sa belle-mère n'acceptaient pas pas qu’elle travaille hors du domicile familial. Suite au harcèlement subi, Anna Bai a été contrainte de quitter son travail. Son mari ne pouvait concevoir que sa femme occupe une place plus élevée que lui dans la sphère sociale. Aujourd’hui, elle travaille dans le secteur agricole et reconnaît s’être « sacrifiée pour le bien-être de sa famille ». Les tensions se sont apaisées, sa belle-famille l’a enfin acceptée, mais elle n’est pas heureuse. Son combat pour les femmes est une revanche qu’elle prend sur la vie qu’on lui a volée.      

 

MarkalaMarkala a 23 ans quand elle est mariée à un homme qui se révèle être mentalement dérangé. Finalement interné, son mari s’enfuit de l’hôpital psychiatrique. Elle reste seule avec sa belle-famille, sujette aux pires humiliations : contrainte de vivre la plupart du temps dans le noir, elle ne peut manger la nourriture qu’elle cuisine. Elle est abusée sexuellement par son beau-frère et subit le harcèlement moral de sa belle-mère. Impuissante, Markala finit par s’évader, une nuit, avec son fils. Soutenue par le groupe Nava Jyothi, elle loue aujourd’hui une maison dans laquelle elle vit seule avec son fils, bien qu’elle soit encore mariée. Engagée dans la Working women association, elle tente de donner du courage à toutes ces femmes qui, comme elle, souffrent en silence. Pour qu’elles trouvent en elles la force de se battre et de reprendre leur vie en main.

 

SusheelaDans son village natal, Susheela subissait les brimades quotidiennes de sa voisine, qui méprisait la communauté dalit à laquelle elle appartient. Elle refusait par exemple de couper un palmier qui poussait dans son jardin, et menaçait de s’effondrer sur la maison de Susheela. Cette dernière en a référé aux autorités locales, qui ont refusé de l’aider. Elle a alors décidé de faire appel au Dalit forum pour lui venir en aide. Au total, 25 femmes des environs, escortées par deux bûcherons, ont débarqué dans le village de Susheela. Les deux hommes ont coupé le palmier, encadrés par une barrière de sécurité formée par le groupe de femmes pour empêcher les voisins d’intervenir. Grâce au Dalit forum, de nombreuses femmes ont ainsi pu faire face aux discriminations qu’elles subissaient, et prouver aux castes supérieures qu’elles n’ont pas dit leur dernier mot.

 

RosalieTous les mois, Rosalie fait la queue dans son village pour obtenir du riz et des biens de première nécessité que le gouvernement du Tamil Nadu distribue gratuitement ou à prix réduit aux personnes dans le besoin. Seules les femmes sont là, par centaine, à piétiner dans l’attente. Provocation gratuite, un représentant des autorités locales envoya un jour dans un autre village toutes les cartes de rationnement que les femmes lui avaient remises. Sans raison, juste pour les humilier. Plutôt que de se laisser faire, les 100 femmes présentes se sont assises, immobiles, pendant presque 10 heures. Surpris par cette réaction inattendue, le représentant a filé dans le village voisin récupérer les cartes, et la distribution de nourriture a pu commencer. Ensemble, les femmes forment désormais une force capable de défier quiconque méprise leurs droits.

 

ThankaleelaMariée à 16 ans, Thankaleela vit relativement heureuse jusqu’à ce que son mari l’abandonne 10 ans plus tard. Sans ressources, elle ne peut nourrir ses trois enfants. L'aîné est handicapé moteur et physique, et le benjamin meurt subitement d’une morsure de serpent avant ses 10 ans. Au bord du suicide, elle est orientée par des nones vers le groupe Nava Jyothi, qui lui procure de quoi nourrir ses deux enfants. Aidée par l’association, elle intente alors une action en justice contre son mari, afin d’obtenir le versement d’une pension alimentaire. Condamné, le mari lui verse 500 Roupies le premier mois puis commence à la harceler en envoyant des connaissances la menacer, la battre et la violer. A 21 ans, son aîné décède à l’hôpital. Elle reste seule avec le cadet, qui, en grandissant, la prend sous son aile et lui construit une maison. Elle travaille désormais comme couturière, et ne subit plus les brimades du voisinage ni le harcèlement de son mari. Grâce à Nava Jyothi, Thankaleela sait aujourd'hui que d’autres femmes la soutiennent dans son combat.

 

SudahSudah raconte qu’une femme dans son village était battue quotidiennement par son mari alcoolique. Afin de lui venir en aide, Sudah et d’autres membres du comité de vigilance (groupe chargé de lutter contre les violences domestiques dans les villages et les slums), ont tenté une à une de le raisonner pour qu’il cesse de violenter sa femme. En vain. Un jour, le comité a décidé de mener une action coup de poing pour régler la situation. Sudah et huit autres femmes ont fait irruption dans la maison alors qu’il battait sa femme. « Si tu continues de battre ta femme, on va te battre nous aussi ! », lui ont-elles lancé. Surpris, l’homme, craintif et honteux, s’est aussitôt arrêté. Aujourd’hui, il continue de boire mais ne lève plus aussi facilement la main. Grâce aux comités de vigilance, beaucoup de femmes se sentent soutenues, et savent maintenant qu’en cas de violences, elles pourront compter sur un groupe solide pour leur venir en aide. 

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  • Dewi, vice Secrétaire générale, KPA, Jakarta, Indonésie: "En m'engageant avec KPA en 2007, j'ai compris que l'Indonésie est avant tout un pays agricole, même si nos dirigeants n'en tiennent pas compte".

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  • Dwi Agus, Chargé de campagnes, KPA, Jakarta, Indonésie : "Depuis des années, je vois comment vivent les gens ici, et j'en suis triste. Mon engagement est plus qu'un job, c'est un moyen de protester".

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  • Iwan, Secrétaire général, KPA, Jakarta, Indonésie : "J'ai embrassé la cause paysanne dès la fin de mes études, car l'accès à la terre est au coeur de toutes les difficultés sociales que connait l'Indonésie aujourd'hui".

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  • Andri, Chargé de campagnes et de recherches, KPA, Jakarta, Indonésie : "Le gouvernement refuse d'agir au sujet de l'accès à la terre, bien que ce soit un problème fondamental. On essaye donc de créer un vrai changement social par nos actions".

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  • Roy, Secrétaire, KPA, Jakarta, Indonésie: "Depuis l'université, je suis engagée dans les mouvements étudiant et ouvrier. Aujourd'hui, je veux en apprendre davantage sur la cause paysanne, pour continuer à lutter contre les injustices".

    Roy, Secrétaire, KPA, Jakarta, Indonésie: "Depuis l'université, je suis engagée dans les mouvements étudiant et ouvrier. Aujourd'hui, je veux en apprendre davantage sur la cause paysanne, pour continuer à lutter contre les injustices".

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