Le changement, c'est maintenant!

L’une ministre de l'Intérieur, l’autre ministre des Affaires extérieures, le duo Iwan Nurdin – Dewi Kartika est parfaitement complémentaire. A la tête d'une organisation de plus d’un million de membres, ils ont élaboré leur propre philosophie politique pour rénover l'Indonésie en profondeur.

Les luttes paysannes dans la peau

Depuis sa plus tendre enfance, Iwan Nurdin, fils de paysans de Sumatra, a été confronté à l’injustice et à la discrimination subies par les paysans sous le régime de l’ancien dictateur Soeharto. « J’ai vu les corps meurtris des paysans que le régime laissait sans vie dans les champs. J’ai alors compris que Soeharto n’avait rien d’un héros, raconte-t-il. Soeharto n’était pas proche des paysans comme il le prétendait ». Lors de ses études de relations internationales à l’université de Yogyakarta, il a rejoint les syndicats étudiants et s’est investi dans les manifestations populaires qui ont abouties à la chute du dictateur en 1998. « Cinquante étudiants ont disparu pendant cette période, et seulement sept ont été relachés », se souvient-il. « J’ai réalisé à ce moment-là qu’il n’y avait pas de liberté d’expression et d’opinion dans mon pays ». Devenu président du mouvement étudiant entre 1999 et 2002, il s’est interrogé sur la place des organisations de jeunesse dans la construction d’une Indonésie post-dictature. Il s'est vite rendu compte que « ceux-ci étaient trop faibles pour maintenir la Reformasi[1]. Il fallait s’appuyer sur les ouvriers, ou sur les paysans. Moi j’ai choisi les paysans », reprend-t-il. Dewi Kartika, diplômée de sociologie et d'anthropologie à l’université de Bandung, a découvert la question agraire en 2007; ce fut un véritable coup de cœur. « Je ne savais rien sur les luttes paysannes avant de rejoindre KPA, confesse-t-elle, mais je suis tombée amoureuse de la cause dès que j’y suis entrée ». Elle esquisse un sourire franc. « Ma vie et celle de l’organisation sont liées. Je ne considère pas ce que je fais à KPA comme un travail. C’est bien plus que cela »

Réforme agraire: l’avenir de l’Indonésie tient en deux mots

Iwan Nurdin est un leader charismatique, et la réforme agraire est son leitmotiv. Il n’en démord pas.« Je crois réellement que la question agraire est au coeur des maux qui affligent la société Indonésienne, à tous les niveaux ». Il s’explique. « Pourquoi tant d’Indonésiens quittent leur village pour aller travailler à l’étranger ? Car ils n’ont pas accès à la terre dans les zones rurales. Pourquoi tant d’Indonésiens quittent leur village pour rejoindre des villes comme Jakarta, où les opportunités professionnelles sont inexistantes et la concentration urbaine élevée? Car ils n’ont pas accès à la terre ». Dewi Kartika renchérit. « L’Indonésie est un pays agricole, mais les ceux qui le gouvernent ne tiennent pas compte de cette donnée fondamentale ». Résultat? Des conflits agraires qui s’éternisent, une paupérisation des travailleurs agricoles, un exode rural massif et une destruction accélérée de l’environnement par des compagnies plus soucieuses de leur endurance dans la course au profit que des conséquences de la déforestation. Néanmoins, la question agraire a émergé ces dernières années, au point de trouver sa place dans le discours public. « Même le président actuel parle de redistribution des terres, intervient Iwan Nurdin. Et c’est intéressant, car auparavant, l’idée même de réforme agraire était stigmatisée comme étant une idée communiste ». Pour Dewi Kartika, l’émergence du concept de réforme agraire dans la sphère médiatique et publique est un nouveau défi pour KPA. « Certains parlent de réforme agraire uniquement en terme d'accès à la terre. Mais ce n'est pas que ça ! Les questions de la valorisation du sol et de l'organisation des communautés agricoles est également fondamentale pour nous ».

Une stratégie double 

Pour les deux leaders de KPA, la construction de l’Indonésie de demain passe forcément par un rééchelonnage des priorités au niveau national. « On doit faire de la question agraire la question politique centrale en Indonésie », lance Dewi Kartika. Et le défi est de taille. « Le problème de la société civile en Indonésie, c’est qu’elle se concentre sur la défense exclusive d’une cause particulière, sans envisager la situation dans sa globalité, constate Iwan Nurdin. Par exemple, les syndicats de défense des travailleurs ne se rendent pas compte qu’en demandant l’augmentation des salaires, ils invitent les gens des zones rurales à venir travailler en ville, affaiblissant de fait la main d'oeuvre. On veut leur faire comprendre que la réforme agraire est au cœur des problèmes qu’ils rencontrent ». En plus de sensibiliser la société civile et les décideurs politiques à la question agraire, KPA concentre ses efforts autour de la consolidation des mouvements paysans sur le terrain. « On veut transformer le sentiment de victimisation des paysans en soif de combattre, explique Iwan Nurdin. Les paysans pourraient réunir leur argent et acheter tous ensemble les terres qu’ils revendiquent, mais ils choisissent de se battre pour que leurs droits soient reconnus. Pourquoi ? Car acheter les terres litigieuses équivaudrait à renoncer à leur propriété. En définitive, c’est un combat pour les droits plus que pour la terre, et c'est dans cet optique que nous organisons leur résistance ». Aujourd'hui, Iwan Nurdin est attendu chez les président de la République, Susilo Bambang Yudhoyono, pour discuter de la réforme agraire; ces derniers mois, ce genre d'invitations se sont multipliées. Sans être dupe sur les résultats à en attendre, le binôme dirigeant de KPA saisit toutes ces occasions pour faire passer son message.


[1] La période de la Reformasi (en bahasa indonesia), ou Réforme, est le nom donné à l'ère politique de l’Indonésie post-Soeharto, après la chute du dictateur en 1998. Elle se caractérise par la refonte des institutions gouvernementales, judiciaires, législatives et exécutives.

Nos partenaires

ville-de-lyon    vaf    fedina    aosed    kpa

Logo-Region-en-couleurs-fichier-jpg-haute-definition      logo alter      logo resacoop 

Suivez-nous!

powered by contentmap

Ils/Elles s'engagent!

  • Dewi, vice Secrétaire générale, KPA, Jakarta, Indonésie: "En m'engageant avec KPA en 2007, j'ai compris que l'Indonésie est avant tout un pays agricole, même si nos dirigeants n'en tiennent pas compte".

    Dewi, vice Secrétaire générale, KPA, Jakarta, Indonésie: "En m'engageant avec KPA en 2007, j'ai compris que l'Indonésie est avant tout un pays agricole, même si nos dirigeants n'en tiennent pas compte".

  • Dwi Agus, Chargé de campagnes, KPA, Jakarta, Indonésie : "Depuis des années, je vois comment vivent les gens ici, et j'en suis triste. Mon engagement est plus qu'un job, c'est un moyen de protester".

    Dwi Agus, Chargé de campagnes, KPA, Jakarta, Indonésie : "Depuis des années, je vois comment vivent les gens ici, et j'en suis triste. Mon engagement est plus qu'un job, c'est un moyen de protester".

  • Iwan, Secrétaire général, KPA, Jakarta, Indonésie : "J'ai embrassé la cause paysanne dès la fin de mes études, car l'accès à la terre est au coeur de toutes les difficultés sociales que connait l'Indonésie aujourd'hui".

    Iwan, Secrétaire général, KPA, Jakarta, Indonésie : "J'ai embrassé la cause paysanne dès la fin de mes études, car l'accès à la terre est au coeur de toutes les difficultés sociales que connait l'Indonésie aujourd'hui".

  • Andri, Chargé de campagnes et de recherches, KPA, Jakarta, Indonésie : "Le gouvernement refuse d'agir au sujet de l'accès à la terre, bien que ce soit un problème fondamental. On essaye donc de créer un vrai changement social par nos actions".

    Andri, Chargé de campagnes et de recherches, KPA, Jakarta, Indonésie : "Le gouvernement refuse d'agir au sujet de l'accès à la terre, bien que ce soit un problème fondamental. On essaye donc de créer un vrai changement social par nos actions".

  • Roy, Secrétaire, KPA, Jakarta, Indonésie: "Depuis l'université, je suis engagée dans les mouvements étudiant et ouvrier. Aujourd'hui, je veux en apprendre davantage sur la cause paysanne, pour continuer à lutter contre les injustices".

    Roy, Secrétaire, KPA, Jakarta, Indonésie: "Depuis l'université, je suis engagée dans les mouvements étudiant et ouvrier. Aujourd'hui, je veux en apprendre davantage sur la cause paysanne, pour continuer à lutter contre les injustices".

Like us!

Nous contacter

IMG 1974 640x427 76x51

lesreporterssolidaires@gmail.com

Plus d'infos et de photos sur Facebook: Les reporters solidaires