À la pêche aux...champignons!

A Gio Thien, village au coeur du parc national de Xuan Thuy, un club de champignons pas comme les autres a vu le jour en 2008. Ici, l’objectif est moins de rassembler des amateurs(ices) de la cueillette champêtre que de combiner intelligemment conservation du parc et amélioration des conditions de vie des villageois.

Un patrimoine naturel en danger

Le parc national de Xuan Thuy est entouré de rizières. La plantation et la récolte du riz sont les actvités principales des habitants de la région.  Selon les variétés de riz, on peut avoir entre deux et quatre saisons sur une année. A Xuan Thuy, la moyenne est de trois.  Certains villageois des environs pratiquent l'aquaculture de la crevette.

Une pluie fine nous accompagne le long des chemins terreux que nous suivons à moto pour rejoindre la birds watch tower du parc national. Malgré la brume épaisse, nous surprenons l’envol de quelques aigrettes chinoises, une des quelques 200 espèces venues trouver refuge à Xuan Thuy, terre migratoire par excellence. Classés premier site RAMSAR[1] du Vietnam en 1989, les 12 000 hectares du parc national de Xuan Thuy, situé dans les zônes côtières du delta du fleuve rouge, ont été reconnus zone humide d’importance internationale. La mangrove, qui couvre plus d’un quart de la zone, abrite une biodiversité aquatique importante, source de revenus et de nourriture pour les habitants des environs. En dehors des deux récoltes de riz annuelles, la collecte de fruits de mer et de poissons permet à des milliers de villageois de s’assurer des moyens de subsistance. Mais cette activité pèse sur l’équilibre fragile d’un écosystème déjà menacé par le réchauffement climatique. Les ressources naturelles du parc s’épuisent, bouleversant la chaîne alimentaire des zones humides dont dépend la vie de milliers d’oiseaux migrateurs.

Bien que le brouillard nous ait quelque peu gâché la vue, nous avons pu observer les paysages de mangrove et les nombreux étangs que comporte le parc.  Les buffles d'eau, qui vivaient auparavant dans le parc, en ont été extraits, car ils contribuaient, de par leur alimentation, à la destruction de la biodiversité.  Les écosystèmes du parc naturel de Xuan Thuy sont également gravement menacés par la collecte abusive des coquillages. Photo prise par Ingo, un des deux volontaires allemands en SVE au parc.

Gagner plus en un qu’en six mois !

L’idée du club de champignons a vu le jour en 2008 chez Mr Vu Phong Thoá, octogénaire dynamique, au regard malicieux sous des cheveux neige en bataille. Il revient sur la genèse de cette initiative innovante: « l’interdiction des buffles d’eau dans l’enceinte du parc national a provoqué des remous parmi les villageois qui y faisaient paisser leurs animaux[2]. La culture de champignons était une alternative rentable qui a permis de mettre un terme aux conflits entre le parc national et les villageois ». Grâce à CORIN-Asia[3], ce vétéran de la guerre du Vietnam et trois de ses compagnons se forment auprès d’experts à cette nouvelle activité. Bien vite rejoint par de nouveaux intéressés, le club des champignons devient en 2010 le XTNP (Xuan Thuy National Park) Community of mushrooms, avec 75 membres à son actifs. La raison de ce succès? Un investissement premier minime, et des bénéfices rapides! Ne nécessitant que de la paille et un abri au sec pour grandir, « Les champignons peuvent être cultivés à domicile par les familles, en complément d’autres ressources propres (légumes, animaux, miel, riz, …), dans une démarche d’autosuffisance et de sécurité alimentaire[4]», explique Mr Thuan, coordinateur national de CORIN-Asia. Quant à sa rentabilité, le revenu mensuel de 700 000 (28 Euros) à 1 millions VND (40 Euros) que leur culture génère surpasse du double celui de la culture du riz en six mois. C’est donc sans surprise que le club des champignons a su fidéliser tant de nouveaux membres. « Par le passé, les villageois partaient en ville chercher du travail pendant la saison creuse, ou récolter des fruits de mer dans le parc national, raconte Mr Vu Phuong Thoá. Aujourd’hui, ils restent au village pour cultiver des champignons, et ça leur rapporte plus! ». En partant d’une pratique développée par un groupe de villageois, qui utilisaient les déchets agricoles pour faire pousser des champignons, CORIN-Asia a su habilement conjuger les besoins économiques des communautés locales avec la nécessaire diminution des pressions exercées sur les ressources du parc.

Néanmoins, la plupart des habitants des 5 communautés du parc pratiquent cette activité, à défaut d'autres sources de revenus.  Les femmes sont celles qui viennent, de bon matin, récupérer les coquillages, qu'elles revendent ensuite sur les marchés locaux. Photo prise par Ingo.  C'est dans ce type de maisons, dont le toit est fabriqué en paille de riz, que les champignons sont élevés.

Des champignons bons pour  l’environnement

Mais si la sensibilisation des villageois à l’environnement a considérablement évolué depuis 2007, on croise encore des sacs remplis de coquillages sortir du parc dès le matin. « La culture des champignons rapporte plus que la vente de fruits de mer », affirme Mr Thuan, mais celle-ci n’occupe les villageois que de manière ponctuelle. « Pour le moment, on ne cultive que trois variétés de champignons, dont l’une ne pousse qu’en hiver, explique Mr Vu Phong Thoá. On voudrait à terme intégrer de nouvelles espèces pour avoir des champignons toute l’année ! ». Une attente pas si simple à combler, quand on sait que les membres du club produisent plus que ce qu’ils vendent sur les marchés des villages et des villes alentours. « Lorsqu’on n’était que quelques membres, c’était facile de vendre nos récoltes aux marchés. Plus le nombre de membres a augmenté, et plus il a été difficile pour nous d’écouler notre production », évoque Mr Vu Phong Thoá. Un problème auquel réfléchit Vietnam & Friends, jeune association basée à Hanoi, qui envoie depuis 2010 des volontaires internationaux dans le parc national, comme supports – entre autres – aux activités qui y sont menées. « Les champignons ont besoin d’une certification biologique pour prétendre à de nouveaux marchés, avance Julian, volontaire allemand en SVE[5] sur le terrain depuis 6 mois. Le problème, c’est que la paille utilisée pour la culture de champignons provient de la récolte du riz, et que la plupart des fermiers utilisent des intrants chimiques dans les rizières », Un label donc difficile à obtenir, puisqu’il demande une conversion des cultures en exploitations rizicoles biologiques, ce qui peut prendre beaucoup de temps. L’avenir de la communauté de champignons repose donc sur sa capacité à façonner son nom parmi la kyrielle de ses « concurrents ». Mais une première victoire est déjà remportée. S’« il est trop tôt pour dire que les revenus des villageois ont significativement évolué, note Mr Thuan, on peut affirmer avec assurance qu’ils ont aujourd’hui le choix entre plusieurs moyens durables d'assurer leur subsistance ».

M. Thao est à l'origine de la culture des champignons à Xuan Thuy. Il a commence dans les années 1970, et malgré ses 80 ans, il reste très actif!  M. Thao est revenu longuement sur l'importance de développer la culture des champignons dans le parc, en remplissant généreusement nos tasses de thé!  Julian, volontaire de notre partenaire Vietnam and Friends, et Mr Thuan, coordinateur national de l'ONG CORIN pour le Vietnam, travaillent respectivement depuis 6 mois et 5 ans dans le parc national.


[1]La Convention sur les zones humides d’importance internationale, appelée Convention de Ramsar, est un traité intergouvernemental qui sert de cadre à l’action nationale et à la coopération internationale pour la conservation et l’utilisation rationnelle des zones humides et de leurs ressources. Elle a été adpotée en 1971 et est rentrée en vigueur en 1975.

[2] Devant les dégâts que causent le paissage de 500 buffles d’eau dans la zone centrale du parc national (destruction de la forêt de mangrove), ces animaux sont poussés hors du parc en 2007, obligeant les villageois à pourvroir financièrement à leur alimentation.

[3] Organisation tournée vers la conservation des zones humides et la réduction de la pauvreté des communautés villageoises par la formation, la sensibilisation et le transfert de compétences au niveau local.

[4] CORIN-ASIA accompagne les communautés locales dans la mise en place d’un modèle économique pérenne orienté vers l’exploitation durable des ressources du “foyer” (jardin pour les fruits et légumes, étang pour la pêche, élevage d’animaux, de volailles, vermiculture, apiculture), la sécurité et l’autosuffisance alimentaire: les fruits et légumes nourissent les abeilles, les vers, la volaille et la pêche, la paille de riz, les animaux, les animaux, les humains, …). Un modèle économique de “ferme intégrée” qui contribue considérablement à réduire la pauvreté dans les villages.

[5] Volontaire dans le cadre du Service Volontaire Européen.

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  • Dwi Agus, Chargé de campagnes, KPA, Jakarta, Indonésie : "Depuis des années, je vois comment vivent les gens ici, et j'en suis triste. Mon engagement est plus qu'un job, c'est un moyen de protester".

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  • Iwan, Secrétaire général, KPA, Jakarta, Indonésie : "J'ai embrassé la cause paysanne dès la fin de mes études, car l'accès à la terre est au coeur de toutes les difficultés sociales que connait l'Indonésie aujourd'hui".

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  • Andri, Chargé de campagnes et de recherches, KPA, Jakarta, Indonésie : "Le gouvernement refuse d'agir au sujet de l'accès à la terre, bien que ce soit un problème fondamental. On essaye donc de créer un vrai changement social par nos actions".

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  • Roy, Secrétaire, KPA, Jakarta, Indonésie: "Depuis l'université, je suis engagée dans les mouvements étudiant et ouvrier. Aujourd'hui, je veux en apprendre davantage sur la cause paysanne, pour continuer à lutter contre les injustices".

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