Minh, designer de projets environnementaux

De la pop musique, des stars, des spots de couleurs vives et des posts en rafale sur Facebook: il ne s'agit pas des dérives de la mondialisation au Vietnam, mais du cocktail explosif concocté par un activiste d'Hanoi pour sensibiliser ses jeunes compatriotes à la problématique environnementale! 

Énergique, pressé, charismatique. Tels sont les trois adjectifs qui caractérisent Hoàng Đức Minh, 22 ans, leader de campagnes environnementales sur Hanoi. À contre-courant des jeunes de sa génération, Minh a tourné le dos aux traditionnels clubs d’étudiants en 2008 pour monter sa propre organisation: RAECP (Raising awareness on Enviromental and Climate Program). “Le problème des clubs étudiants, c’est leur manque d’efficience, explique ce militant qui a baigné depuis sa plus tendre enfance dans les réunions environnementales de l’intelligencia hanoienne[1]. On promeut des solutions individuelles plutôt que des changements globaux, et la durée de vie des clubs ne permet pas d’atteindre des résultats durables”. RAECP a donc vu le jour avec l’ambition d’inscrire la société vietnamienne dans une réelle dynamique de changement. “On veut associer la sensibilisation à des actions concrètes, qui ont un impact direct sur la vie des gens”, explique son leader. Et pour ce faire, les militants de RAECP ont plus d’une corde à leur arc! Intégré dans le réseau Live&Learn – Green generation network[2] qui regroupe plus de 1000 structures au Vietnam, RAECP participe chaque année à la formation "Be a change agent". Durant cette session annuelle, 50 jeunes vietnamiens sont initiés à la méthodologie de projet, afin de développer par la suite leur propre initiative sociale ou environnementale. “J’ai moi-même été formé en 2009 à Singapour, raconte Minh. En rentrant, j’ai proposé au réseau Live&Learn de transposer ce modèle au Vietnam.

En plus de la constitution d’une base de données sur la question de l’environnement et du changement climatique, RAECP intervient dans les écoles et auprès des jeunes dans l’espoir de voir, d’ici quelques années, la donnée environnementale intégrée aux progammes scolaires. Mais l’action de ce programme ne se restreint pas à des activités de sensibilisation. “On est face à un paradoxe!s’exclame Hoàng Đức Minh. La sensibilisation des citoyens progresse, mais le développement des nouvelles technologies et l’accroissement démographique ont un impact toujours plus grand sur l'environnement. Il faut donc allier sensibilisation et actions pratiques, sans quoi nous n’obtiendrons aucun résultat”. Grâce à la créativité de Minh, RAECP n’est jamais à court d’idées pour atteindre ses objectifs. Devenu designer de projets environnementaux par la force des choses, il a lancé à Hanoi des campagnes novatrices dont voici trois exemples.

Connecter entreprises, magasins et clients pour promouvoir des sacs sexy et recyclables!

En collaboration avec 350 Vietnam et le réseau Live&Learn, Hoàng Đức Minh a mené de novembre 2011 à décembre 2012 la campagne I hate plastic bags, afin de sensibiliser les Vietnamiens à l’impact de l’usage abusif de sacs plastiques sur l’environnement. Sa stratégie? Connecter les entreprises, les magasins et les clients pour promouvoir des sacs sexy et recyclables… qui profitent à tous! “Une étude menée dans la rue auprès de 4000 clients potentiels nous a montré que ceux-ci étaient prêts à payer 1000 dongs (0.04 Euros) par sac réutilisable. De quoi intéresser à la fois les magasins qui perdent de l’argent en distribuant gratuitement des sacs plastiques aux clients, et les entreprises qui peuvent, à terme, faire des bénéfices sur ce nouveau marché”, explique le jeune homme, dont le pragmatisme tranche avec les discours traditionnels, réfractaires à toute coopération entre la société civile et le monde de l'entreprise. Malheureusement, les résultats de la campagne n’ont pas été à la hauteur de ses attentes. “C’est difficile de changer les habitudes des clients, surtout les plus petites! Si on leur propose un changement, ça doit avoir un résultat positif et visible dans leur vie. Or, les sacs recyclables proposés par les compagnies n’étaient pas attrayants, ni de bonne qualité”. Malgré tout, Minh ne désespère pas, car sa stratégie s'inscrit dans la durée. “Je pense que les entreprises vietnamiennes n’ont pas encore les moyens techniques nécessaires pour mener à bien ce type de projet. Il faut avancer par étapes: on ne peut pas surmonter d'aussi grosses difficultés en un jour!".

Dîner avec une star en échange d’un geste pour l’environnement!

Prenez une campagne internationale menée par un géant vert comme WWF, adaptez-le à la sauce locale, sur fond de musique pop love et de posts Facebook, et vous obtiendrez un intérêt soudain des jeunes pour la protection de l’environnement! En faisant de la green attitude une mode cool et sexy, Minh a su toucher et mobiliser plus de 30 000 personnes à travers tout le pays. “Les jeunes aiment Facebook et les stars; en jouant sur le même tableau qu’eux, on a plus de chance de les interpeller”, analyse-t-il, en lançant en 2011 la déclinaison vietnamienne de la campagne I will if you will!. Le concept est simple: “On veut motiver les gens à réaliser des actions positives pour l’environnement, et à pousser leur famille, leurs collègues ou leurs proches à faire de même”. Et pour ce faire, rien de tel que de se lancer des défis! Chi Pu, top model adulée des adolescents, promet ainsi de dîner avec 10 jeunes si 500 d'entre eux s’engagent à jeter leurs papiers à la poubelle. “On a tous de l’influence sur quelqu’un, que ce soit la famille, les amis, les collègues, explique Hoàng Đức Minh. Il faut utiliser ce facteur persuasif!”. S'il n’a pas pour ambition de toucher un public aussi large que les millions de personnes investies à l’international dans la campagne de WWF, le jeune activiste veut toucher la jeunesse de son pays. “Les célébrités viennent s’exprimer directement devant les gens, passent une soirée avec eux ou se donnent un concert, tandis qu’à l’international, en échange d’un challenge relevé, les stars postent seulement une vidéo sur Youtube”. Minh a su cerner les attentes de son public pour proposer une campagne sur-mesure, suffisamment séduisante pour attirer la jeunesse, et suffisamment suivie pour donner des résultats concrets: “des bannières sont affichées dans les universités pour rappeler tous les jours aux étudiants ce qu’ils ont promis de faire, et on les incite via Facebook à montrer des preuves de leur engagement!”. Un tien vaut mieux que deux tu l'auras...

Designer des T-shirt aux slogans accrocheurs pour sensibiliser à l’environnement!

A l'issue du concours de design sur T-shirt, Minh a organisé un événement de masse à Hanoi, ou toutes les créations des participants étaient exposées.  Les jeunes ont répondu présent sur l'événement, et ont regardé avec attention les T-shirts et leurs différents messages.  L'environnement, ça inspire: la preuve avec ce portrait de Vo Nguyen Giap, vainqueur de la bataille de Dien Bien Phu, réalisé en... sacs plastiques!

La recette de Minh, c'est d'offrir aux jeunes ce qu'ils aiment, pour mieux leur transmettre un message. La présence du modèle Chi Pu sur l'événement était un argument de taille!  Différentes campagnes se sont croisées dans la cour de l'Indochina Plaza d'Hanoi, où Minh avait rassemblé ses troupes. Ces trois jeunes filles soutenaient la campagne "Earth hour" de WWF.  La campagne "I will if you will" était aussi à l'honneur lors de ce rassemblement; sur ce panneau, 500 jeunes se sont engagés à jeter leurs ordures dans des poubelles (!), pour avoir le privilège de croiser Chi Pu.

Minh connaît bien son public: 90% teenagers! Il organise donc ses manifestations en fonction de leurs goûts.  La recette du succès: des chanteurs romantiques en acoustique...  ...et des danseuses qui ont la pêche et un joli déhanché!

Avec la campagne Turn off the lightsturn on the ideasMinh fait cette fois appel au talent créatif de ses jeunes concitoyens. L'idée, c’est de trouver des slogans accrocheurs et des dessins qui interpellent, et de les placarder sur le devant d’un T-shirt coloréLe jeune homme reprend ici le concept de l’entreprise pour laquelle il travaille, BOOVironment, qui organise depuis quatre ans un concours annuel de design sur T-shirt intitulé The T-shirt of change. A l’occasion de sa quatrième édition, le concours se joint à la campagne Earth hour de WWF (switch of the light on the 23th of March 2013 for one hour, at 8pm).
Turn off the lightsturn on the ideas a réuni cette année deux cent jeunes designers, qui ont chacun proposé leur version de la sensibilisation environnementale sur textile. Les différentes productions ont ensuite été exposées sur panneau dans la cour de l’Indochina Plaza d’Hanoi, lors du rassemblement du 20 mars dernier. Les dix meilleures designs seront imprimés sur T-shirt en mille exemplaires, et vendus lors de manifestations liées à la protection de l’environnement. Les trois premières éditions de Turn off the lightsturn on the ideas ont permis de réaliser plus de 1500 modèles textiles, promouvant la campagne Earth Hour et la protection de l'environnement, auxquels s'ajoutent les créations de ce printemps.
La version 2013 a repris tous les ingrédients de la recette Minh: de la chanson pop, des spots de couleurs vives, la présence d’un mannequin célèbre, des stands de pub destinés aux photos souvenirs des ados, le tout dans la cour d’un des centres commerciaux les plus vastes et les plus luxueux de la capitale... Les jeunes vietnamiens ont massivement répondu présent, et ont pleinement profité du spectacle. Le cocktail Minh
, explosif et plein de couleurs, attire les (jeunes) foules. Il ne reste maintenant qu’à en tirer des résultats concrets en terme de bonnes pratiques et de comportements responsables!


[1] Le père de Minh travaille pour le ministère de l’Environnement.

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  • Dwi Agus, Chargé de campagnes, KPA, Jakarta, Indonésie : "Depuis des années, je vois comment vivent les gens ici, et j'en suis triste. Mon engagement est plus qu'un job, c'est un moyen de protester".

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  • Iwan, Secrétaire général, KPA, Jakarta, Indonésie : "J'ai embrassé la cause paysanne dès la fin de mes études, car l'accès à la terre est au coeur de toutes les difficultés sociales que connait l'Indonésie aujourd'hui".

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  • Andri, Chargé de campagnes et de recherches, KPA, Jakarta, Indonésie : "Le gouvernement refuse d'agir au sujet de l'accès à la terre, bien que ce soit un problème fondamental. On essaye donc de créer un vrai changement social par nos actions".

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  • Roy, Secrétaire, KPA, Jakarta, Indonésie: "Depuis l'université, je suis engagée dans les mouvements étudiant et ouvrier. Aujourd'hui, je veux en apprendre davantage sur la cause paysanne, pour continuer à lutter contre les injustices".

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